Le récit des crimes des hommes de Jean-Pierre Bemba devant la Cour pénale internationale

23 novembre 2010 à 19h44 par La rédaction

LA HAYE (AFP)

Le premier témoin au procès de Jean-Pierre Bemba devant la Cour pénale internationale (CPI) a raconté mardi le viol d'une fillette et deux meurtres commis, selon lui, par les "banyamulenge", les hommes de l'ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC), en Centrafrique en 2002-2003.

"Une femme m'a amené sa fillette de 8 ou 9 ans en sang, violée", a raconté en pleurs le témoin, cité par l'accusation, au deuxième jour du procès de M. Bemba, 48 ans, jugé à La Haye pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

L'enfant était "potelée", a continué le témoin : "puisque la petite est encore ...fraîche, ils n'ont pas pris la maman, ils ont préféré la petite, ils l'ont violée devant sa maman dans la maison".

"Je ne connais pas le sort de cette fillette, ils l'ont violée, des grands hommes comme moi, ils l'ont violée", a sangloté le témoin dont l'identité n'a pas été révélée par mesure de sécurité.

"Quand je dis ++ils++, c'est les banyamulenge de Bemba", a-t-il précisé, caché aux regards du public par un rideau.

M. Bemba doit répondre, en tant que chef militaire, de crimes, principalement des viols, commis par sa milice du Mouvement de libération du Congo (MLC) entre octobre 2002 et mars 2003 en Centrafrique où ils soutenaient les troupes du président Ange-Félix Patassé, victime d'une tentative de coup d'Etat du général François Bozizé.

Le témoin a également relaté deux meurtres : celui d'un homme "d'un certain âge", tué parce qu'il s'interposait alors qu'un homme de M. Bemba lui volait un canard et celui d'un garçon.

"Il lui ont dit ++tu es notre ennemi++, ils croyaient que c'était un rebelle, ils l'ont abattu par derrière, la balle est partie de son anus et elle est sortie par la tête", a-t-il raconté.

 Il avait auparavant raconté aux juges l'arrivée au PK12 ("point kilométrique 12") au nord de Bangui, la capitale centrafricaine, des hommes du MLC, chaussés de bottes en caoutchouc, et non de rangers commes les soldats de l'armée centrafricaine, reconnaissables aussi grâce à leurs bérets de toutes les couleurs.

Le jour de l'arrivée du MLC au "PK12", "il n'y a pas eu de problème", a souligné le témoin qui s'exprimait en français : "le lendemain autour de 05H00, on s'est réveillé avec des coups de feu, c'était le trouble général".

"Ils sont entrés dans chaque maison, ils ont pris tout ce qui leur tombait sous la main, les radios, les portables...", a-t-il raconté avant de se souvenir "d'un soldat de la rébellion de M. Bemba qu'on appelait ++Coup-pour-coup++ : il était d'une rare cruauté".

Jean-Pierre Bemba, qui plaide non coupable et encourt la réclusion à perpétuité, avait fui la RDC en 2007.Il avait été arrêté le 24 mai 2008 à Bruxelles en vertu d'un mandat d'arrêt de la CPI, saisie en 2004 par François Bozizé, au pouvoir en Centrafrique depuis 2003.

L'accusé était "le commandant militaire avec l'autorité effective et le contrôle des troupes qui ont commis les crimes", avait affirmé lundi à l'ouverture du procès le procureur de la CPI, l'Argentin Luis Moreno-Ocampo.

La défense avait assuré de son côté que "la responsabilité hiérarchique incombait au commandement suprême de l'armée centrafricaine" et jugé "dénuées de tout fondement" les charges contre M. Bemba.

La CPI a autorisé la participation de 759 victimes au procès et les juges doivent encore se prononcer sur 653 demandes.

Le procès de M. Bemba est le troisième procès de la CPI, entrée en fonction en 2002.Les deux premiers procès, en cours, sont ceux de trois chefs de milice de RDC.