Les Frères musulmans, partenaires acceptables ou péril islamiste?

6 février 2011 à 11h36 par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Ils sont sur les barricades, aux premières loges des manifestations contre le président Hosni Moubarak, ils font trembler l'Occident mais semblent plus pragmatiques qu'il n'y paraît: les Frères musulmans veulent être un acteur incontournable du changement en Egypte.

Sur la place Tahrir, dans le coeur de la capitale égyptienne, des Frères distribuent des vivres, de l'eau, soignent des blessés et montent aux barricades contre les partisans de M. Moubarak.

Les "Ikhwan" -les frères- se mêlent à des opposants laïcs, de vieux gauchistes et de jeunes adeptes des réseaux sociaux sur internet.

Ils sont là, organisent, mobilisent, leur force est indéniable, mais leur ratio difficile à jauger au sein de la coalition disparate qui demande le départ immédiat du raïs, à la tête de l'Egypte depuis 1981.

Dans la foulée du soulèvement populaire en Tunisie, le Mouvement des jeunes du 6 avril, un regroupement pro-démocratie sans affiliation religieuse, a lancé un appel à la contestation.

Une première manifestation a réuni 15.000 personnes au Caire, le 25 janvier, une fissure dans la digue du pouvoir.Puis les Frères musulmans, au début réservés, sont entrés dans la danse lors des défilés massifs du 28 janvier.

"A la télévision américaine, ils n'arrêtent pas de dire que si Moubarak quitte le pouvoir les Frères musulmans vont prendre le contrôle.Mais ce n'est pas le cas, c'est bien le peuple qui s'unit pour ses droits", explique Tamer, un manifestant américano-égyptien.

"La mobilisation en Egypte, ce sont des femmes et des hommes qui ont envie de liberté et de démocratisation", a déclaré vendredi à la radio RMC l'universitaire d'origine égyptienne Tariq Ramadan.

Pour le petit-fils du fondateur de la confrérie, née en 1928 sous l'impulsion de Hassan al-Banna lui-même influencé par les réformateurs musulmans du XIXe siècle, "il ne faut pas réduire ceci (la contestation) à un face-à-face entre le pouvoir et les Frères musulmans".

"Les Frères musulmans c'est un mouvement d'opposition, qui s'il devait être chiffré, serait entre 20 et 30% de la population.Ils ne sont pas maîtres du jeu", ajoute M. Ramadan.

Le régime égyptien a pourtant pour la première fois cette semaine appelé les Frères, leur bête noire, au dialogue afin de trouver une issue qui paralyse depuis douze jours le pays de plus de 80 millions d'habitants.

La Maison Blanche réclame actuellement une transition du pouvoir.Mais une participation des Frères musulmans à un éventuel gouvernement de transition serait "une erreur historique", selon l'ex-rival de Barack Obama, le républicain John McCain.

"Les Frères musulmans sont un groupe extrémiste, dont le principal objectif est l'instauration de la charia (loi islamique).Elle est de fond en comble anti-démocratique, en particulier lorsqu'il s'agit des droits des femmes", a-t-il ajouté dans un entretien à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.

"Il est très possible, en regardant le cours de l'Histoire, que dans un moment révolutionnaire, un leader civil sorte du lot et rassemble" la population, note de son côté le président de l'institut britannique Chatham House, Robin Niblett.

"Cela donne une impression de stabilité pendant une année ou deux, mais en dessous des forces révolutionnaires mobilisent", ajoute-t-il.Et "dans deux ou trois ans on pourrait voir une inclination vers une issue de type iranien", ajoute-t-il en référence à la révolution islamique de 1979 en Iran.

"Nous ne voulons pas que la révolution soit présentée comme une révolution des Frères musulmans, une révolution islamique.C'est un soulèvement du peuple égyptien", assure pour sa part Rachad Al-Bayoumi, numéro deux de la confrérie dans un entretien à Der Spiegel.

"L'Occident ne veut pas nous écouter.Nous ne sommes pas des diables", plaide-t-il.