Libye: Kadhafi subit un revers, mais ses forces font reculer les rebelles

31 mars 2011 à 15h35 par La rédaction

AJDABIYA (Libye) (AFP)

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a subi un revers avec le départ de son ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa, mais sur le terrain, ses forces sont parvenues à faire reculer dans l'est du pays des forces rebelles désorganisées.

opérationsA 06H00 GMT jeudi, l'Otan a pris le commandement de toutes les en Libye, succédant à la coalition multinationale, a indiqué un diplomate allié, alors que le New York Times faisait état du déploiement d'agents de la CIA pour prendre contact avec la rébellion et guider les raids aériens.

La chaîne ABC a assuré que le président américain Barack Obama avait donné l'autorisation d'aider secrètement les rebelles.De même source, "des dizaines de membres des forces spéciales britanniques et d'agents du service d'espionnage MI6 travaillent en Libye", en particulier pour recueillir des renseignements sur les positions des forces loyalistes.

La Maison Blanche a refusé "de s'exprimer sur des questions de renseignements".

Sur le plan politique, le colonel Kadhafi a subi un grave revers avec la démission de son ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, une des principales figures du régime, annoncée à son arrivée mercredi soir à Londres.

"Sa démission montre que le régime de Mouammar Kadhafi, qui a déjà enregistré des défections significatives, est divisé, sous pression et s'effondre de l'intérieur", a déclaré le chef de la diplomatie britannique, William Hague.

Il a assuré que "Moussa Koussa ne se verra pas offrir d'immunité par la justice britannique ni par la justice internationale"."Il s'entretient actuellement de son plein gré avec des responsables britanniques".

Un haut responsable américain a également qualifié cette défection de "très importante".

 Le départ de M. Koussa "témoigne de la manière dont le régime est en train de s'effriter", a jugé un porte-parole des rebelles, Moustapha Gheriani.

 "Kadhafi n'a plus personne" sur qui compter."Désormais, il ne reste que lui et ses enfants", a déclaré pour sa part l'ancien ministre libyen de l'Immigration, Ali Errishi, qui a lui-même fait défection peu après le début de l'insurrection mi-février.

Moussa Koussa, 59 ans, est connu pour avoir activement participé ces dernières années au retour de la Libye dans le concert des nations fréquentables.Il avait été nommé ministre en mars 2009, après avoir été chef des services de renseignements de 1994 à 2009.

Le porte-parole du régime, Moussa Ibrahim, a confirmé la démission de M. Koussa, affirmant qu'il avait eu la permission de quitter le pays pour des soins médicaux en Tunisie.

Il a souligné que le régime "ne dépendait pas d'individus", assurant que le colonel Kadhafi et ses enfants resteraient dans le pays "jusqu'à la fin".

Au pouvoir depuis près de 42 ans, le colonel Kadhafi a affirmé que les dirigeants occidentaux avaient "décidé de lancer une seconde croisade entre musulmans et chrétiens à travers la Méditerranée".

 "Ils ont commencé une chose grave qu'ils ne peuvent contrôler et qui sera hors de leur contrôle quels que soient les moyens de destruction dont ils disposent", a-t-il dit.

Sur le terrain, des affrontements ont lieu en fin de matinée autour du terminal pétrolier de Brega (800 km à l'est de Tripoli), selon des témoignages recueillis par un journaliste de l'AFP.Des avions survolaient la région où plus tôt cinq explosions avaient été entendues, selon des témoins.

Mercredi, la coalition internationale avait mené un raid aérien contre les forces loyalistes à l'ouest d'Ajdabiya, salué par les rebelles qui réclamaient la reprise des frappes, stoppées plusieurs jours plus tôt.

Les forces loyalistes ont repris mercredi le port pétrolier de Ras Lanouf, 370 km à l'ouest du fief des rebelles Benghazi, et progressé vers Brega.

Tripoli a été survolé dans la nuit par des appareils de la coalition, avant que des explosions ne soient entendues dans la banlieue de Salaheddine, au sud-est de la capitale, a rapporté un témoin à l'AFP.

Le plus haut gradé américain, l'amiral Mike Mullen, a affirmé que l'armée libyenne n'avait pas encore atteint le point de rupture, même si les frappes avaient mis hors de combat près d'un quart des forces pro-Kadhafi.

L'Otan a pris jeudi matin le commandement de toutes les opérations, assumées depuis le 19 mars par la coalition menée par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne.

 L'émir du Qatar a indiqué que l'inaction de la Ligue arabe avait conduit à l'intervention de la communauté internationale.

Le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen s'est opposé à l'idée d'armer les rebelles, estimant que l'Otan intervient militairement "pour protéger le peuple libyen, et non pour armer le peuple".

Le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, a quant à lui affirmé que la livraison d'armes à la rébellion n'était "pas à l'ordre du jour" car non "compatible" avec la résolution de l'ONU.

Paris, Washington et Londres indiquaient depuis mardi ne pas exclure d'armer les rebelles, une proposition rejetée par plusieurs pays membres de la coalition.

Un navire humanitaire, en provenance de Malte avec 150 tonnes d'aide médicale et alimentaire, a par ailleurs pu apporter un soutien jeudi aux habitants de Misrata, assiégée depuis plusieurs semaines par les troupes pro-Kadhafi, selon un journaliste de l'AFP à bord.

Pendant ce temps, les prix du pétrole montaient nettement à l'ouverture à New York: vers 13H10 GMT, le baril de "light sweet crude" pour livraison en mai s'échangeait à 106,39 dollars, en hausse de 2,12 dollars par rapport à la veille.