Libye: un émissaire russe à Tripoli

Par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Un émissaire russe devait rencontrer jeudi à Tripoli des responsables du régime libyen en vue de tenter une sortie de quatre mois de crise, une semaine après une mission auprès de la rébellion qui a remporté ces derniers jours des succès militaires et diplomatiques. 

Entretemps, le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen et le Premier ministre britannique David Cameron sont convenus à Londres de la nécessité de "faire monter" la pression sur le leader libyen Mouammar Kadhafi qui refuse de céder le pouvoir après 42 ans de régime autocratique.

L'émissaire spécial du Kremlin pour l'Afrique, Mikhaïl Marguelov, un arabophone, a traversé dans la matinée la frontière tunisienne et devait arriver à Tripoli en début d'après-midi, a indiqué à l'AFP une source russe à Tripoli, sans donner de détails sur le programme de la visite. M.Marguelov a affirmé mercredi avoir l'intention de s'entretenir avec le chef du gouvernement Baghdadi Mahmoudi, le chef de la diplomatie Abdelati al-Obeïdi, et d'autres membres de la direction libyenne.

L'émissaire russe s'est dit "prêt à toutes les rencontres et à toutes les surprises" après avoir affirmé la semaine dernière qu'il ne prévoyait pas a priori de rencontrer M. Kadhafi, dont Moscou réclame désormais ouvertement le départ.

Il avait expliqué qu'il présenterait après sa mission à Tripoli une "feuille de route" pour une sortie de crise en Libye, où une révolte lancée contre le régime le 15 février s'est transformée en conflit armé qui a coûté la vie à des milliers de personnes et entraîné la fuite de près d'un million, selon l'ONU. "Il est absolument flagrant que Kadhafi a perdu tout droit moral de rester à la tête du pouvoir en Libye, après avoir fait tirer sur son peuple et l'avoir fait bombarder", selon lui.

La Russie, traditionnellement opposée à toute ingérence et proche alliée de la Libye, a changé de cap en réclamant fin mai ouvertement le départ de M. Kadhafi et en se posant en médiateur alors que la guerre est menacée d'enlisement. Le régime libyen avait alors rétorqué qu'il rejetait toute médiation en dehors de celle de l'Union africaine, qui ne prévoit pas un départ de M. Kadhafi.

L'émissaire du Kremlin s'était rendu le 7 avril à Benghazi, fief des rebelles dans l'Est.Il avait affirmé que le Conseil national de transition (CNT) avait demandé à la Russie d'entrer dans le groupe de contact formé par les Occidentaux sur La Libye.

La rébellion a entretemps remporté de nouveaux succès dans l'ouest de la Libye en prenant le contrôle de trois localités sur la route de Tripoli, bastion du régime.

Ils se sont emparés des bourgades de Zawit al-Bagoul, al-Lawanya et Ghanymma, sur la route menant à Yefren, ville contrôlée par la rébellion à quelque 80 km de Tripoli, selon un correspondant de l'AFP.La veille, ils avaient pris al-Rayayna dans le même secteur. Une source hospitalière dans la ville rebelle de Zenten dans la même région, a affirmé que cinq rebelles avaient été tués la veille et plus d'une trentaine blessés par des "snipers" dans les trois localités conquises.

Selon la rébellion, les troupes de Kadhafi seraient en train de se diriger à partir du désert (dans le sud-est) vers la ville d'al-Lawanya. L'Otan a indiqué jeudi avoir visé la veille cinq cibles militaires appartenant aux forces loyales dans la région de Zenten, ainsi que trois sites à Tripoli et dans ses banlieues.

Des explosions ont secoué à l'aube le centre de Tripoli, cible de raids quasi-quotidiens.

Mais l'Otan a rejeté des affirmations du régime selon lesquelles 12 personnes ont péri mercredi dans un bombardement de l'Alliance à Kikla au sud de Tripoli, affirmant n'avoir mené aucun raid dans cette localité.

Outre les gains militaires, la rébellion a remporté un succès diplomatique avec la reconnaissance par un 15e pays, le Panama, de son organe politique, le Conseil national de transition, comme "représentant légitime" du peuple libyen.

Pour le commandant des opérations de l'Otan, le général Charles Bouchard, la situation militaire dans l'Ouest se développe "très positivement".

L'Otan a pris le 31 mars les rênes de l'intervention internationale, sous mandat de l'ONU, pour protéger la population civile.Mais, plusieurs responsables politiques occidentaux ont reconnu que l'objectif était désormais de pousser à la porte M. Kadhafi.