Mali: dernière étape avant l'investiture du président intérimaire

10 avril 2012 à 9h07 par La rédaction

BAMAKO (AFP) - (AFP)

La Cour constitutionnelle du Mali doit officialiser mardi la vacance du pouvoir, ouvrant la voie à l'investiture du président de l'Assemblée nationale comme chef de l'Etat par intérim, au moment où le Nord est sous la coupe de rebelles touareg et d'islamistes armés.

La haute juridiction doit constater en séance publique la vacance du pouvoir après la démission formelle ce week-end du président Amadou Toumani Touré (ATT), renversé par un putsch le 22 mars.

Cette étape était initialement prévue lundi soir.Ce décalage pourrait entraîner le report à mercredi de l'investiture par la Cour suprême du président par interim, le chef des députés Dioncounda Traoré, a-t-on appris auprès de cette instance.

L'intronisation du nouveau président marquera le coup d'envoi de la transition, fixée par un accord conclu entre la junte ayant renversé ATT et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

 Un Premier ministre de transition investi des "pleins pouvoirs" doit dans la foulée être désigné, avant la formation d'un gouvernement d'"union nationale" qui sera aux affaires jusqu'aux élections présidentielle et législatives, dont les dates restent à déterminer.

Le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo, s'est "personnellement" engagé lundi "à respecter dans son intégralité" l'accord et a promis une "tolérance zéro" à ceux qui chercheraient à entraver son exécution.

Mais selon nombre d'observateurs, les putschistes devraient tenter de conserver un droit de regard sur les dossiers militaires, alors que l'armée malienne vient de subir la plus cuisante déroute de son histoire.

Après le coup d'Etat militaire, le  Nord est entièrement passé sous le contrôle de rebelles touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), dont l'offensive avait démarré en janvier, de groupes islamistes armés, de trafiquants et d'autres groupes criminels.

  "profonde inquiétude" de l'ONU

 
La Cédéao fait toujours planer la menace d'une intervention militaire pour contrer les combattants du Nord.

De son côté, le Conseil de sécurité des Nations unies a exprimé lundi sa "profonde inquiétude à propos de la menace terroriste grandissante" dans cette région, "due à la présence parmi les rebelles de membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et d'éléments extrémistes".

Le Conseil a condamné l'enlèvement de sept diplomates algériens le 5 avril à Gao, l'une des capitales du Nord malien, par un groupe dissident d'Aqmi, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao).

 Selon des témoins, des membres du groupe islamistes nigérian Boko Haram, qui sème la terreur au Nigeria, ont participé à l'opération.Au total, au moins une centaine d'éléments de ce mouvement ont été signalés dans la ville, selon des sources concordantes.

Aqmi - qui a multiplié les rapts d'Occidentaux dans le Sahel ces dernières années - et Boko Haram ont noué des contacts et, selon certaines sources, ont entamé une coopération qui fait craindre aux Etats de la région et aux pays occidentaux une jonction qui pourrait déstabiliser davantage la zone.

Lors d'une marche de quelques centaines de personnes mardi à Bamako pour la "libération" du Nord, certains protestaient d'ailleurs contre la présence d'éléments "étrangers" parmi les groupes armés de la région.

"A bas les indépendantistes, à bas les séparatistes", scandaient les manifestants, alors que des banderoles en tête du cortège, encadré par la police, proclamaient "un Mali un et indivisible" ou appelaient à "la sauvegarde de l'unité nationale et de la République".

Safiatou Traoré, 68 ans, a tenu à être présente: "je suis vieille mais aujourd'hui je vais trouver la force de marcher pour la libération du nord du Mali", a-t-elle déclaré à l'AFP.