Mali: face aux islamistes, Traoré appelle à l'aide, Paris dit oui mais avec l'ONU

11 janvier 2013 à 11h20 par La rédaction

PARIS (AFP) - (AFP)

Le président François Hollande a indiqué vendredi que la France répondra "strictement dans le cadre de l'ONU" à la demande d'aide de Bamako face aux islamistes armés qui ont pris la veille une nouvelle ville du Mali, près de laquelle l'arrivée de militaires étrangers a été signalée. 

La demande d'aide à Paris est venue du président malien Dioncounda Traoré - qui doit s'adresser vendredi soir aux Maliens - pour repousser une offensive des groupes armés islamistes qui occupent totalement le nord du pays et ont conquis une nouvelle localité, Konna (centre), après des affrontements avec l'armée.

 "J'ai décidé que la France répondra, aux côtés de nos partenaires africains, à la demande des autorités maliennes" et "strictement dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies", a déclaré le président Hollande devant le corps diplomatique.

La France, a-t-il cependant souligné, "sera prête à arrêter l'offensive des terroristes si elle devait se poursuivre".

Dans une déclaration adoptée jeudi soir par ses 15 pays membres, le Conseil de sécurité de l'ONU a d'ailleurs demandé un "déploiement rapide" de la force internationale au Mali devant la "grave détérioration de la situation" sur le terrain.

Pour sa part, Dioncounda Traoré doit s'adresser vendredi "solennellement à la Nation" lors d'un discours prévu, selon une source à la présidence malienne, à 20H00 locales (et GMT).

 En 2012, le nord du Mali est devenu un sanctuaire pour les groupes islamistes armés dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui l'occupent totalement, ainsi qu'une partie de la région de Mopti (centre), où ils ont conquis jeudi Konna.

Abou Dardar, un porte-parole d'Ansar Dine, un des groupes jihadistes, a affirmé à l'AFP que les islamistes allaient continuer à progresser vers le Sud.

Vendredi, une source médicale a indiqué qu'une dizaine de "blessés graves", des militaires et des civils, avaient été transférés du centre du Mali vers un hôpital de Bamako, sans plus de détails.

Plusieurs témoins ont affirmé avoir vu les militaires fuir Konna jeudi en direction de Sévaré, à environ 60 km au sud, où l'armée dispose d'un poste de commandement opérationnel.

Soldats étrangers à Sévaré

Des avions militaires, notamment des C-160 - avions utilisés par les armées française et allemande -, ont aussi été vus jeudi à l'aéroport de Sévaré débarquant des militaires étrangers et des armes, selon des témoins, dont des travailleurs de l'aéroport.

L'un d'eux a assuré qu'il y avait des Blancs parmi les soldats, mais aucune source n'a pu fournir plus de détails.

Un responsable malien a indiqué que les appareils envoyés comprenaient des avions d'un pays européen non précisé.Un expert international a parlé d'une mission d'assistance qui était prévue avant les affrontements.

Depuis plusieurs mois, l'Afrique de l'Ouest a proposé l'envoi, avec l'aval de l'ONU, d'une force armée de plus de 3.330 hommes, que des pays européens, dont la France, ont promis d'aider logistiquement, pour la reconquête du nord du Mali.

Le déploiement de cette force a été approuvé le 20 décembre par le Conseil de sécurité de l'ONU, selon lequel il est prévu par étapes mais sans calendrier précis, et ne devrait pas exclure parallèlement un dialogue avec des groupes armés respectant certains préalables.

A Bamako, le Front uni pour la défense de la République et de la démocratie (FDR), coalition contre le coup d'Etat militaire du 22 mars 2012 au Mali, a réitéré son appel "à la communauté internationale pour le déploiement immédiat de la force internationale" prévue "pour faire face à l'agression des bandes internationales, terroristes et jihadistes coalisées".

L'émissaire de l'ONU pour le Sahel, Romano Prodi, avait estimé en novembre une telle intervention militaire impossible avant septembre 2013.En visite jeudi à Bamako, il a indiqué qu'il y aurait "des décisions extraordinaires du côté de la communauté internationale" en cas de poursuite de "l'offensive" des islamistes.

A Bamako, la vie avait repris son cours normal et aucun dispositif sécuritaire particulier n'était visible vendredi.La veille, des policiers avaient été déployés en raison de risques de nouveaux débordements lors de manifestations de pro-putsch, après des protestations violentes mercredi dans la capitale et à Kati (15 km de Bamako), selon un journaliste de l'AFP.

Des leaders religieux musulmans ont appelé les Maliens à être soudés, et à faire vendredi des prières collectives "pour la paix et pour le salut" du pays.