Nord du Mali: maintien des activités humanitaires de l'ONU en dépit d'Aqmi

15 octobre 2010 à 15h14 par La rédaction

BAMAKO (AFP)

Les organisations humanitaires de l'ONU ont décidé de maintenir leurs activités dans le nord du Mali, en dépit du danger que représente la présence d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans cette partie du pays.

"Nous exerçons notre mandat dans le nord du Mali", déclare Mbaranga Gasarabwe, une Rwandaise, coordinatrice du système de l'ONU à Bamako, également représentante du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans la capitale malienne.

Cantines scolaires, distribution de nourriture, centres de santé et de vaccination, programmes d'éducation des communautés locales: l'ONU poursuit l'ensemble de ses activités dans les régions de Tombouctou, Gao et Kidal.

En raison de la présence d'unités d'Aqmi qui y détiennent actuellement sept otages étrangers (cinq Français, un Malgache et un Togolais), enlevés il y a un mois au Niger, cette zone est classée rouge (à très haut risque) par les pays occidentaux qui déconseillent fortement à leurs ressortissants de s'y rendre.

"Nous ne classifions pas en rouge, orange jaune", affirme Aminata Thiaw, qui fait partie des responsables de l'ONU à New York chargés de la sûreté et de la sécurité en Afrique de l'Ouest.

Car, selon Mme Gasarabwe "il n'existe pas de risque zéro" et l'inquiétude suscitée par "les problèmes sécuritaires" dans le nord-Mali ne change rien au fait que "les populations de cette région demeurent confrontées aux préoccupations de développement économique et social et nécessitent la même attention que le reste du pays".

Pas de zone rouge, donc, pour les personnels de l'ONU dans le nord, mais une évaluation approfondie des risques encourus et une préparation minutieuse des missions.

"Depuis un certain temps, les personnels occidentaux sont sous la menace et nous évitons de les envoyer en mission" dans le nord-Mali, affirme la coordinatrice du système de l'ONU à Bamako.

Ce sont donc des personnels locaux qui partent, même si les occidentaux peuvent s'y rendre dans le cadre "de missions officielles" sécurisées.

Pour la protection des personnels qui travaillent sur place, l'ONU compte avant tout sur "la population locale"."Les gens assurent notre sécurité, car ils savent que le but, c'est de sauver leurs vies", selon Mme Gasarabwe, qui ajoute: "la sécurité et le développement vont ensemble".

Pas de recours à la protection des militaires maliens ? "On a des contacts avec eux, mais on n'a pas besoin d'eux", répond-elle.

L'ONU doit adopter début 2011 une nouvelle stratégie axée sur une meilleure coordination de ses agences dans le monde, en vue de renforcer leur efficacité.

"Une nouvelle philosphie est en train de se mettre en place" à l'ONU, affirme Mbaranga Gasarabwe, celle du "comment rester", complètement à l'opposé du "quand partir" qui gouvernait le système des phases de sécurité en vigueur auparavant.

C'est ce message qu'ont tenu à faire passer les responsables de l'ONU, dont Mmes Gasarabwe et Thiaw, invités à participer mercredi et jeudi à la réunion du Groupe d'action contre le terrorisme (GACT) des pays du G8 qui s'est tenue à Bamako.

Il est assez proche de celui du président malien Amadou Toumani Touré qui estime que la politique du "tout-sécuritaire" ne peut suffire à combattre la branche maghrébine d'Al-Qaïda et qu'elle doit s'accompagner d'une politique de développement des régions de la bande sahélo-saharienne où ses unités opèrent.