Ouganda: deux décomptes pour un seul président, Museveni en tête

Par La rédaction

KAMPALA (AFP)

L'Ouganda était suspendu samedi, au lendemain d'élections présidentielle et législatives relativement calmes, aux décomptes parallèles de la commission électorale et de l'opposition qui accuse le président sortant Yoweri Museveni d'avoir truqué le scrutin.

La commission électorale nationale publiait au fur et à mesure les premiers résultats de l'élection présidentielle, depuis le centre de dépouillement installé au stade national de Namboole, dans une grande salle de conférence aux piliers drapés des couleurs du drapeau ougandais, noire, jaune et rouge.

Le chef de l'Etat sortant était crédité d'une très confortable avance sur ses sept adversaires, selon les résultats partiels samedi matin de la commission électorale, portant sur près de 17% des quelque 14 millions d'inscrits.

M. Museveni obtenait 1.608.989 voix, soit 71,15% des suffrages exprimés, contre 520.650 voix (23,02%) pour Kizza Besigye, son principal rival.

Les deux candidats éclipsaient les six autres prétendants, qui se partagent les miettes (environ 6%).

Non loin du stade de Namboole, dans un lieu tenu secret à Kampala ou dans ses environs, la coalition de M. Besigye, s'activait elle aussi à compiler les votes, toujours décidée à annoncer ses propres résultats d'ici la fin de la journée.

Kizza Besigye, ancien médecin personnel de Yoweri Museveni pendant les années de rébellion (1981-1986) et candidat pour la troisième élection consécutive, a accusé dès avant le scrutin son ancien mentor et le parti au pouvoir d'avoir gonflé les listes avec des électeurs fantômes ou mineurs.

M. Museveni, 66 ans dont 25 à la tête de l'Etat ougandais, a prédit vendredi une victoire écrasante, à "84%", alors qu'il votait dans sa ville de Kiruhura (ouest).

Misant sur la paix retrouvée dans l'ensemble du territoire --avec le départ de la rébellion de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) du nord du pays-- sur une croissance économique robuste et sur la manne pétrolière attendue avec l'exploitation à partir de 2012 d'importantes réserves pétrolières, M. Museveni et son camp n'envisagent rien d'autre que la victoire au premier tour.

M. Besigye n'a eu de cesse de dénoncer la corruption du régime et l'absence de perspectives économiques pour la jeunesse, qui expliquent selon lui le "découragement" de la population et rendent possible un soulèvement populaire à l'égyptienne.

En rupture de ban avec le régime depuis 1999, M. Besigye, 54 ans, a renoncé publiquement à contester les résultats devant la justice, qu'il juge inféodée au pouvoir, et a appelé les Ougandais à descendre dans la rue pour dénoncer les fraudes, sans toutefois lancer un mot d'ordre précis jusqu'à présent.

La situation pourrait se radicaliser si M. Besigye mettait son plan à exécution, l'annonce de résultats autres que ceux de la commission électorale ou l'organisation d'une manifestation sans autorisation de la police l'exposant à une interpellation.

Dès mercredi, M. Museveni menaçait sans ambages d'arrestation et de procès toute personne qui contesterait dans la rue les résultats officiels.

La commission électorale doit annoncer les résultats définitifs d'ici dimanche 14H00 GMT.Interrogé par l'AFP, son président Badru Kiggundu a précisé que la commission proclamerait ces résultats dès que possible, y compris au milieu de la nuit de samedi à dimanche.

Sans donner d'estimation, M. Kiggundu a précisé que le taux de participation "a progressé depuis 2006" (69%), une information contrastant avec le peu d'enthousiasme montré par les électeurs dans de nombreux bureaux de vote de la capitale et en province.

En attendant, Kampala était pour la deuxième journée consécutive quadrillée par un imposant dispositif policier et militaire.