Présidentielle au Togo: le sortant Faure Gnassingbé en tête des résultats partiels

28 avril 2015 à 12h58 par La rédaction

Lomé (AFP)

Le président sortant Faure Gnassingbé accentuait son avance à la présidentielle au Togo avec 69% des voix contre 18% pour son principal rival Jean-Pierre Fabre, selon de nouveaux résultats partiels officiels publiés mardi, portant sur un quart des bulletins.

Ces résultats, annoncés par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), concernent 1.925 bureaux de vote sur 8.994 au total, soit 26% du nombre estimé de votants au scrutin de samedi.

Le comptage est ralenti parce que l'opposition a réclamé - et obtenu - que la Céni base ses résultats sur les procès-verbaux format papier, et non sur le système informatique "Success" de centralisation des données électorales.

Au moment où le comptage piétine et où l'opposition crie à la fraude, la présidence togolaise a annoncé mardi l'arrivée du président ghanéen John Dramani Mahama, président en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), et  de son homologue ivoirien Alassane Ouattara à Lomé. 

Les deux présidents doivent notamment rencontrer les candidats à la présidentielle pour "faire le point sur l'évolution du processus électoral".

Les premiers résultats de cette présidentielle à un tour, divulgués lundi, donnaient déjà M. Gnassingbé en tête, avec 62% des suffrages contre 32% à M. Fabre.

Les nouveaux résultats proviennent essentiellement du nord, fief historique de la famille Gnassingbé au pouvoir depuis 48 ans. 

Originaire de cette région, Tchabouré Gogué, un des trois autres candidats d'opposition, y a également enregistré de bons scores.Au total, ce professeur d'université, candidat de l'Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), rassemble 8% des voix, selon les résultats partiels.

La Céni n'a pas encore donné les résultats de Lomé, poumon économique du pays et historiquement acquise à l'opposition. 

Mais dans l'ensemble, la campagne électorale a peu mobilisé ce petit pays ouest-africain de sept millions d'habitants, la population, gouvernée par la même famille depuis près d'un demi-siècle, étant "lassée de la politique", selon les experts.

D'autant que l'opposition, qui alignait quatre candidats, et dont M. Fabre, le leader, possède une personnalité peu consensuelle, peine à rassembler et proposer une réelle alternative.

La Céni avait estimé dimanche le taux de participation entre "53 et 55%", bien moins que la précédente présidentielle de 2010 (64,68%).

- "Stratégie d'obstruction" -

 

L'Union Européenne (UE), principal bailleur de fonds international au Togo, a estimé mardi que l'élection s'était "déroulée dans le calme, confirmant l'attachement du peuple togolais à la démocratie".

La Cédéao et l'Union Africaine (UA), qui avaient déployé des observateurs électoraux, ont également estimé que le scrutin s'était déroulé dans la liberté et la transparence.

Mais le CAP 2015 (Combat pour l'alternance politique, une coalition de plusieurs partis d'opposition) de Jean-Pierre Fabre a réitéré mardi ses accusations de "fraudes" et "bourrages d'urnes". 

"C'est toujours par des coups de forces, des attaques, des bourrages d'urnes, des fraudes (...) que la famille Gnassingbé se maintient au pouvoir depuis 50 ans", a déclaré à l'AFP Eric Dupuy, porte-parole du CAP 2015.

L'analyste politique togolais David Ihou s'étonne de ces accusations, car "normalement, tous les procès-verbaux valables dans les bureaux de vote ont été signés par tout le monde, y compris des représentants de chaque candidat".

D'autant que M. Dupuy reconnaît lui-même que son parti avait déployé "au moins un observateur dans chaque bureau, et dans la plupart, deux observateurs".

"Des gens jouent aux petits sorciers", a commenté M. Ihou, pour qui il s'agit d'"une stratégie d'obstruction" menée par l'opposition)".

M. Gnassingbé brigue un troisième mandat après avoir remporté en 2005 et 2010 des scrutins dont les résultats ont été contestés par l'opposition.

Il avait initialement été porté au pouvoir par l'armée en 2005 à la mort de son père, le général Gnassingbé Eyadéma, qui avait gouverné le Togo d'une main de fer pendant 38 ans.

En 2010, M. Fabre, qui s'opposait déjà au président Gnassingbé, avait été battu avec 33,93% des voix contre 60,88% au dirigeant sortant.