Robert Bourgi est-il crédible ? Le point de vue de Jean-François Probst, ancien conseiller de Chirac

Par La rédaction

Robert Bourgi, ancien pivot de la Françafrique, accuse Jacques Chirac et Dominique de Villepin d'avoir reçu des mallettes de billets de dirigeants africains entre 1997 et 2005. Il affirme avoir été le « porteur de valises » de ce trafic. Jean-François Probst, ancien proche collaborateur de Jacques Chirac et spécialiste de l'Afrique, réagit.Que pensez-vous des accusations portées par Robert Bourgi ?Robert Bourgi est un homme peu vertueux et ambigu, un peu mythomane et mystificateur. Dans ce qu'il dit, il y a bien sûr du vrai, mais j'ai l'impression qu'il essaie de se faire mousser en se faisant passer pour je ne sais quel « porteur de valises ». En tous cas, on sent qu'il en veut beaucoup à Villepin, à Chirac et à Juppé. Je crois que Robert Bourgi est un peu tricard dans les capitales africaines�?� On a l'impression que la seule chose qui l'intéresse, c'est le pognon�?� Si tout ce qu'il dit était vrai, il faudrait qu'il se rende tout de suite à la justice et qu'il se mette les menottes lui-même ! Moi, ce que je ressors de cette interview dans le Journal du Dimanche, c'est que ça risque surtout de faire monter la cote de Marine Le Pen.Pensez-vous que cette affaire aura des suites ?Je suis favorable, comme François Hollande, à l'ouverture d'une enquête judiciaire. Je suis très heureux que Jacques Chirac et Dominique de Villepin déposent plainte pour diffamation. Je crois qu'il faudrait surtout que le président du Sénat, Gérard Larcher, et celui de l'Assemblée, Bernard Accoyer, déclenchent une commission d'enquête parlementaire, pour faire passer devant cette commission Monsieur Bourgi, pour qu'il répète en public ce qu'il dit, mais aussi pour mener une contre-enquête, et qu'on puisse y voir clair concernant tous ceux qui ont eu à connaître les réseaux de la Françafrique.Mais ces « valises de billets », elles ont bel et bien existé ?Depuis Jules César, vous savez, les hommes et les femmes politiques sont alimentés par des réseaux financiers en tous genres ! Sous Giscard, il y avait les diamants de Bokassa, sous Mitterrand c'était l'affaire du Carrefour du développement �?� Probablement qu'à cette époque, déjà, il y avait des ruisseaux financiers qui coulaient vers les partis politiques, que ce soit le PS ou le RPR�?� Dans les années passées, il y a sûrement eu un quart de vrai dans ce qu'il dit, c'est-à-dire qu'il y a eu des financements par tel ou tel, mais j'attends de voir ce que vont dire les chefs d'Etat africains, et aussi de voir ce qui sera dit sous serment devant la justice française�?� Alors est-ce que ça a existé ? Oui, un peu. Est-ce que ça continue ? Oui, sûrement un peu�?�Justement, que pensez-vous des affirmations de Robert Bourgi selon lesquelles ces pratiques de « valises de billets » se sont arrêtées avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, en mai 2007 ?Je pense que c'est un mensonge éhonté ! J'ai le souvenir, en juillet 2007, de trois actions de Nicolas Sarkozy qui sont révélatrices : le voyage à Tripoli chez Kadhafi, le voyage à Dakar avec un discours resté célèbre, et le voyage à Libreville chez Omar Bongo�?� On aurait pu faire mieux en terme de rupture, non ? Et qui reçoit la Légion d'Honneur en novembre ? Monsieur Robert Bourgi, des mains de Nicolas Sarkozy�?� Et qui est-ce qui éponge la dette de 40 millions d'euros du Gabon ? Le président Sarkozy�?� Robert Bourgi a dégueulé dans la soupe, et je crois qu'il va devoir la reboire un peu, ça ne va pas être bon pour lui !Propos recueillis par Clémence Mortier