Rwanda: début du procès de l'opposante Victoire Ingabire

Par La rédaction

KIGALI (AFP) - (AFP)

Le procès de l'opposante rwandaise Victoire Ingabire, poursuivie notamment pour "complicité de terrorisme", a débuté lundi à Kigali dans une ambiance tendue et sous protection policière renforcée, a constaté l'AFP.

Victoire Ingabire est arrivée à l'audience le crâne rasé, les menottes aux poignets, vêtue de la traditionnelle blouse rose des détenus au Rwanda.Chaussée de fines lunettes, elle semblait en bonne forme et a discuté en souriant avec son avocat.

Présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU), une formation d'opposition non reconnue par le gouvernement rwandais, Mme Ingabire est poursuivie pour complicité de terrorisme, propagation de l'idéologie du génocide, sectarisme et divisionnisme, atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, création d'un groupe armé avec l'intention de provoquer la guerre.

Elle réfute catégoriquement ces accusations.

Le procureur général du Rwanda, Martin Ngoga, avait assuré disposer de preuves solides contre Mme Ingabire, notamment des transfert d'argent au profit des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un mouvement de rébellion hutu rwandais qui multiplie les exactions dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), considéré comme un groupe "terroriste" par Kigali.

Dans le tribunal protégé par une vingtaine de membres des forces de sécurité en armes, le parquet a d'ailleurs entamé lundi l'examen du dossier d'un des co-accusés, Tharcisse Nditurende, un ancien responsable des FDLR qui aurait reconnu, selon l'accusation, avoir collaboré avec Mme Ingabire pour monter une force armée hostile au régime du président Kagame.

Le parquet avait auparavant créé la surprise en demandant un nouveau délai, faisant valoir qu'il attendait de la Cour suprême néerlandaise l'autorisation d'obtenir certains éléments nécessaires à son dossier.

Victoire Ingabire était rentrée au Rwanda en janvier 2010 après 17 ans d'exil aux Pays-Bas.

La juge présidant l'audience, Alice Rulisa, a rejeté cette demande, estimant que "l'accusation n'avait pas donné à la Cour une raison appropriée pour repousser à nouveau ce dossier".

Initialement prévu pour le 16 mai, ce procès a été déjà reporté deux fois, à la demande de la défense qui voulait notamment la traduction du dossier préparé en kinyarwanda, une langue que deux de ses avocats ne comprennent pas.

La question de la traduction des débats a encore occupé une partie de la journée de lundi, jusqu'à la décision du juge Rulisa de nommer un traducteur officiel pour la reprise de l'audience mercredi.

"Un report du procès se ferait clairement au détriment de Mme Ingabire, dans la mesure où elle serait l'objet d'une période de détention préventive encore allongée", avait fait valoir l'avocat de Mme Ingabire, le Britannique Iain Edwards.

L'opposante est en détention préventive depuis son arrestation à Kigali en octobre dernier, alors qu'elle était déjà sous contrôle judiciaire depuis avril.

Elle avait cherché en vain à se présenter à l'élection présidentielle d'août 2010.Le président Paul Kagame, dont le Front patriotique rwandais (FPR, ex-rébellion) avait mis fin en 1994 au génocide et mis en déroute les ex-Forces armées rwandaises, a été réélu avec 93% des voix.Mme Ingabire avait dénoncé une "mascarade".

Le 16 janvier, le jour même de son retour au Rwanda, l'opposante avait demandé, après avoir déposé des gerbes de fleurs à un mémorial du génocide à Kigali, que les auteurs de crimes commis contre les Hutu en 1994 soient également jugés.

Le régime rwandais accuse depuis Mme Ingabire, une Hutu, d'avoir nié, par de tels propos, la réalité du génocide de 1994, au cours duquel au moins 800.000 personnes selon l'ONU, essentiellement Tutsi, ont été tuées.