Sénégal: tension politique autour d'une réforme pré-électorale controversée

Par La rédaction

DAKAR (AFP) - (AFP)

Manifestations, interpellations: la tension est brusquement montée mercredi au Sénégal, à la veille de l'examen par les députés d'un projet de loi sur un "ticket" pouvant remporter l'élection présidentielle avec 25% des voix, dénoncé par diverses composantes de la société.

Ce projet de réforme de la Constitution est soumis au parlement à huit mois de la présidentielle de février 2012, à laquelle sont annoncées plusieurs candidatures, dont celle du président Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 2000.

A Dakar, la police anti-émeutes a dispersé à coups de gaz lacrymogènes une manifestation spontanée de jeunes qui protestaient contre le texte sur la Place de l'Indépendance (centre-ville), a constaté un journaliste de l'AFP.Plusieurs jeunes ont été arrêtés, battus et embarqués dans un car de police vers une destination inconnue.Ces jeunes avaient auparavant caillassé des cars de la police stationnés sur les lieux.

Une rencontre de l'opposition et la société civile à quelques centaines de mètres de la Place de l'Indépendance a dégénéré avec l'intrusion de jeunes appelant à des "actions" plutôt qu'à des paroles, d'après Dialo Diop, de la principale coalition de l'opposition.

La plupart étaient membres du mouvement "Y en a marre", créé par des rappeurs pour, selon eux, notamment dénoncer "les injustices sociales", "la gabegie" du régime du président Wade.

D'après les médias locaux, diverses manifestations "spontanées" contre le projet de loi ont été organisées mercredi dans d'autres quartiers de la capitale, sa banlieue, des régions dont Kaolack, Fatick (centre) et Ziguinchor (sud).L'ambassade du Sénégal à Paris a été brièvement occupée par des opposants.

Plusieurs personnes ont été interpellées.Leur nombre n'était pas connu dans mais parmi elles, figurent des membres de "Y en a marre", dont deux célèbres rappeurs, Cyrille Touré "Thiatt" et Malal Tall "Fou malade", d'après l'Agence de presse sénégalaise (APS, officielle).

Le projet de loi controversé vise à modifier la Constitution pour permettre aux Sénégalais d'élire simultanément, à compter de 2012, un président et un vice-président sur la base d'un "ticket" qui, pour l'emporter, devrait recueillir au premier tour au moins 25% des suffrages exprimés, seuil qualifié de "minimum bloquant".

"Dans le cas où aucun des tickets n'aurait 25%, (...) les deux tickets les mieux placés se retrouveront alors au second tour" avec application de la règle de "la majorité relative", a précisé mercredi soir à la télévision publique RTS Abdoulaye Babou, député de la mouvance présidentielle.

Mais le texte qu'examineront jeudi les députés en séance plénière a subi "35 amendements" en commission technique, a expliqué M. Babou, sans indiquer ces modifications.

Mardi, le gouvernement a affirmé qu'il ne renoncerait pas au projet en dépit du tollé dans l'opposition et la société civile pour lesquelles c'est une manoeuvre du président Wade pour supprimer, de fait, le second tour en permettant à un président d'être élu au premier tour avec 25% des voix contre plus de 50% actuellement.

La réforme envisage par ailleurs qu'en cas de vacance de la présidence, le président est remplacé par le vice-président qui, en tant que nouveau président, pourra nommer ou révoquer le nouveau vice-président.

Ces dispositions sont parmi les plus décriées par les détracteurs du texte.Beaucoup soupçonnent M. Wade de vouloir se faire réélire, avec un minimum de voix, pour ensuite céder le fauteuil à son fils et "super" ministre Karim Wade.

Jeudi, opposants et partisans du texte sont autorisés à manifester autour de l'Assemblée nationale, mais chaque camp dans un espace bien précis, a indiqué le ministre de l'Intérieur Ousmane Ngom dans un communiqué diffusé mercredi soir par la RTS.Il a appelé à des manifestations pacifiques "jusqu'à leur dispersion".