Sénégal: Wade doit être investi candidat dans un climat tendu

Par La rédaction

DAKAR (AFP) - (AFP)

Le chef de l'Etat sénégalais Abdoulaye Wade, 85 ans, doit être investi vendredi candidat à la présidentielle de 2012 par son parti, une candidature que vont à nouveau contester ses opposants dans la rue au lendemain de violences politiques qui ont fait un mort et trois blessés.

Wade, triomphalement élu en 2000, réélu en 2007, sollicite un nouveau mandat en dépit d'une forte opposition de l'intérieur et d'inquiétudes de pays occidentaux qui jugent que sa candidature peut menacer la stabilité du Sénégal jusqu'alors considéré comme un modèle de démocratie en Afrique.

Lors de la réunion jeudi du bureau politique du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) qui doit l'investir, il s'est redit convaincu de l'emporter dès le 1er tour du 26 février: "Nous n'allons pas donner la moindre chance à l'opposition", a-t-il dit.

Comme à chacune de ses prises de parole devant ses partisans, il a été noyé sous les louanges, les applaudissements, les cris et les slogans vantant son action et ses réalisations en près de douze ans de pouvoir.

Le chef de l'Etat n'a pas évoqué les violences meurtrières qui venaient de se produire devant la mairie du quartier Sacré-Coeur Mermoz de Dakar, où un échange de coups de feu entre ses partisans et des opposants a fait un mort et trois blessés.

Quatre personnes ont été arrêtées et une enquête ouverte "immédiatement" après les violences, selon la police.Les hommes arrêtés font partie d'un groupe de partisans armés de Wade qui avaient attaqué la mairie dirigée par un membre du Parti socialiste (PS, opposition), Barthélémy Dias.

Selon le PS, cinq véhicules remplis d'hommes de main armés du pouvoir venus à la mairie PS de Mermoz sont à l'origine de ces violences.

'Milices"

Barthélémy Dias a reconnu avoir tiré des coups de feu, affirmant avoir agi en état "de légitime défense".Il a déclaré être prêt à répondre à une convocation de la police, insistant sur le fait qu'il avait été "agressé".

Des ONG sénégalaises de défense des droits de l'Homme ont demandé que les "milices" politiques soient interdites pour éviter "le chaos" au Sénégal.

Quelques heures avant l'attaque de la mairie PS, un opposant, Abdoulaye Bathily, avait affirmé que son domicile dakarois avait été visité par des hommes de main du pouvoir qui l'ont menacé, pratique courante dénoncée ces dernières semaines par d'autres dirigeants d'opposition.

C'est dans ce climat de tension que les opposants au président Wade, rassemblés au sein du Mouvement des forces vives du 23 juin (M23), coalition d'une soixantaine de partis et organisations de la société civile, ont prévu de se rassembler à nouveau sur une place de Dakar.

Ce rassemblement a été dénommé "Congrès du peuple pour dire non à un troisième mandat anti-constitutionnel de Wade".

La nouvelle candidature du chef de l'Etat, âgé de 85 ans "plus la TVA", ironisent ses opposants qui affirment qu'il en a au moins 5 de plus, alimente la polémique depuis plusieurs mois au Sénégal.

Réélu en 2007 pour cinq ans après une réforme constitutionnelle en 2001 qui a institué un quinquennat renouvelable une fois, il se représente cette fois pour sept ans après le rétablissement du septennat en 2008.

Pour l'opposition, il a déjà épuisé ses deux mandats légaux, mais ses partisans estiment que le décompte doit se faire à partir de 2007, sur la base de la nouvelle Constitution de 2001.

La presse sénégalaise a publié cette semaine une lettre de quatre élus américains adressée à Wade, jugeant sa candidature porteuse de risques "pour le Sénégal et la démocratie en Afrique".En juillet, la France s'était également inquiétée d'éventuelles répercussions de cette candidature.

L'opposition n'a pas réussi à s'entendre sur un candidat unique et plus de vingt candidatures ont d'ores et déjà été annoncées.