Sierra Leone: controverse sur des accords fonciers pour du biocarburant

Par La rédaction

FREETOWN (AFP) - (AFP)

Un projet de plantation de canne à sucre pour produire de l'éthanol et du biocarburant en Sierra Leone, présenté comme le plus grand investissement agricole dans ce pays ouest-africain, soulève des craintes sur la sécurité alimentaire et les droits fonciers des paysans.

Le 17 juin, le groupe suisse Addax et Oryx, spécialisé dans l'énergie, a annoncé avoir signé un accord de 258 millions d'euros (368 millions de dollars) avec sept banques de développement européennes et africaines pour financer un projet de biocarburant près de Makeni, dans le nord de la Sierra Leone.

Ce pays au climat chaud et pluvieux, sorti de la guerre civile en 2002, présente une situation idéale pour la culture de la canne à sucre, la plante préférée pour la production de biocarburant, alors que le monde cherche à promouvoir des énergies moins polluantes.

Le ministre sierra-léonais de l'Agriculture, Sam Sesay, a déclaré que la compagnie suisse allait louer 57.000 hectares de terre pour une période de 50 ans, sur un espace occupé par plus de 13.000 personnes.

Le groupe Addax, qui a loué plus de terres qu'il n'en a besoin pour la mise en route du projet en vue d'une possible extension, prévoit de planter 10.000 hectares en canne à sucre, a déclaré à l'AFP un de ses responsables à Genève, Marc Destito.

Selon lui, de vastes superficies seront toujours disponibles pour les communautés qui se verront restituer les terres qui ne seront pas utilisées.

Le projet, selon Addax, prévoit des plantations de canne à sucre, la construction d'un complexe industriel de production d'éthanol et d'une centrale électrique.

Les travaux doivent démarrer cette année et l'exploitation est prévue à partir de 2013 avec 2.000 emplois à la clé.

L'éthanol, qui peut être mélangé avec le gasoil et le diesel, sera principalement exporté en Europe, l'excédent de production contribuant à fournir un cinquième de l'électricité consommée en Sierra Leone.

Le groupe Addax met en avant une série de mesures pour améliorer la sécurité alimentaire, former les paysans et protéger les fermes existantes.

Une étude indépendante menée par le Réseau pour le droit à l'alimentation, organisation sierra-léonaise, publiée le 15 juin, estime cependant que "beaucoup de paysans" ne pourront plus accéder à "leurs terres fertiles".

Le groupe "Addax a fourni des terres alternatives" au "faible rendement et ces communautés sont maintenant confrontées à l'insécurité alimentaire et la faim", ajoute l'organisation.

La location des terres des petits propriétaires privés à Addax s'est faite par l'intermédiares de chefs locaux.

Beat Dietschy, qui dirige en Suisse Bread for All (Du pain à tous), commanditaire de l'étude, s'est dit choqué que ces propriétaires "aient donné leur accord à Addax sur la base de promesses verbales qui n'ont pas encore été réalisées".

Le directeur général d'Addax, Nikolai Germann, a déclaré à l'AFP que cette étude fait partie d'une campagne de désinformation.

"Non seulement Addax biocarburant doit respecter les lois en Sierra Leone, mais il a signé" avec les banques "des accords qui lui imposent de respecter les plus hautes normes environnementales et sociales", dit-il.

Il a également annoncé un programme visant à l'auto-suffisance alimentaire des petits paysans, avec une formation d'une semaine par mois pour labourer quelque 2.000 hectares de terres."C'est aujourd'hui le plus grand programme de production alimentaire du pays", selon M. Germann.

Toutefois, certains propriétaires de Makeni ont regretté que, contrairement à des promesses faites en 2008, Addax n'ait pas construit "des écoles, des forages, des hôpitaux", selon l'un d'eux, Ali Bangura.

M. Germann répond que la compagnie a pris soin de ne pas créer des attentes irréalistes et considéré "que l'éducation et la santé pour la population sont du ressort de gouvernement et non des investisseurs privés", même si, selon lui, deux cliniques ont été construites.