Soudan du Sud : l'armée prépare une offensive contre les rebelles

23 décembre 2013 à 11h21 par La rédaction

Juba (AFP)

L'armée sud-soudanaise se prépare ce lundi à une offensive majeure contre les forces rebelles de l'ex-vice-président Riek Machar, le pays glissant toujours plus vers la guerre civile en dépit d'intenses efforts diplomatiques internationaux.

Des renforts de l'armée devaient prendre la direction de Bor, la capitale de l'Etat du Jonglei, chroniquement instable, prise la semaine dernière par les hommes de Machar.Face à cette situation qui dégénère, des centaines de milliers de personnes risquent d'avoir très vite besoin d'aide, a mis en garde l'ONU.

Le Soudan du Sud est en proie à d'intenses combats depuis que Salva Kiir a accusé son ancien vice-président, limogé en juillet, de tentative de coup d'Etat il y a une semaine.

Riek Machar dément fermement, accusant Salva Kiir de vouloir éliminer ses rivaux.Mais en plus de Bor, ses forces ont pris le contrôle de Bentiu, capitale de l'Etat stratégique d'Unité, qui concentre la production pétrolière nationale.

"Les forces SPLA (l'armée) et les forces loyales (au gouvernement) sont maintenant prêtes à avancer sur Bor", à quelque 200 km au nord de la capitale Juba, a déclaré le président Kiir devant les députés sud-soudanais lundi, précisant que l'offensive avait été retardée pour permettre aux Américains d'évacuer leurs ressortissants de la zone.

Les Etats-Unis, mais aussi le Royaume-Uni, le Kenya et l'Ouganda ont lancé des opérations de rapatriement de leurs citoyens.

Depuis une semaine, des morts par centaines ont été recensés au Soudan du Sud, les civils affluent par milliers dans différents complexes de l'ONU -- 20.000 ne serait-ce qu'à Juba -- pour tenter d'échapper aux combats et massacres.

L'ONU et des dirigeants du monde entier sont engagés dans une course diplomatique pour éviter au Soudan du Sud de replonger dans la guerre civile, deux ans et demi seulement après son indépendance du Soudan.

En première ligne, les Etats-Unis, parrains de l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, ont accru leur pression aussi bien sur le régime de Juba que sur la rébellion.Depuis le début de la crise, le président Barack Obama s'est exprimé à trois reprises sur le sujet, estimant que le pays était désormais au "bord du précipice".

Le week-end dernier, une délégation de ministres des Affaires étrangères de pays d'Afrique de l'Est était aussi à Juba pour s'entretenir avec Salva Kiir.

Devant le Parlement lundi, ce dernier a accusé son rival de mobiliser des miliciens de l'ethnie Nuer, surnommés "l'Armée blanche", connus pour leurs raids brutaux contre les communautés rivales lors de la longue guerre civile Nord-Sud (1983-2005), qui a ravagé le Soudan avant la sécession du Sud en 2011.

Mais il s'est dit prêt de nouveau à discuter avec Riek Machar, "sans condition préalable".L'ex-vice président avait fait savoir précédemment qu'il n'était prêt qu'à négocier un départ du président.

Mobilisation de troupes

Après un déplacement dans la ville assiégée de Bor dimanche, le chef des opérations humanitaires de l'ONU au Soudan du Sud, Toby Lanzer, s'est alarmé de la dégradation de la situation pour la population."Il y a encore une semaine, il aurait été difficile d'imaginer que les choses puissent dégénérer de la sorte", a commenté M. Lanzer à l'AFP."J'espère me tromper, mais sinon, des centaines de milliers de personnes auront besoin d'aide très vite".

A Bor, la situation est selon lui d'autant plus critique que les Casques bleus sur place n'auront certainement pas la capacité de défendre les quelque 15.000 civils réfugiés dans la base onusienne locale.

Dans ce jeune pays, gangréné par la corruption et rongé, bien avant les derniers événements, par les rivalités ethniques, les récents combats revêtent à la fois une dimension ethnique et politique.Les hommes fidèles à Salva Kiir sont issus de l'ethnie Dinka, ceux de Riek Machar de l'ethnie Nuer.

La semaine dernière, des miliciens nuer ont attaqué une base de l'ONU à Akobo, dans le Jonglei, où ils ont tué deux Casques bleus indiens et au moins 20 civils dinka qui s'y étaient réfugiés.

L'ONU "fortifie son camp à Bor, pour s'assurer que ne se répète pas ce qui s'est passé à Akobo", a ajouté M. Lanzer."Mais, comme à Akobo, s'il y a quelques Casques bleus à l'intérieur et 2.000 (combattants) à l'extérieur, nous ne pourrons pas faire grand-chose".L'armée sud-soudanaise "travaille" aussi à une reprise du contrôle de Bentiu, dans l'Etat d'Unité, a de son côté indiqué lundi le porte-parole de l'armée, Philip Aguer.

Cet Etat est stratégique car le pétrole, qui y coule abondamment, représente 95% de la fragile économie sud-soudanaise.

Le secteur a déjà été touché par les récents combats, des compagnies pétrolières évacuant leur personnel après la mort d'au moins cinq travailleurs sud-soudanais la semaine dernière.

Selon un responsable local, Bentiu serait jonchée de cadavres.

Sur place, un témoin s'exprimant sous couvert d'anonymat a indiqué que des rebelles du Darfour soudanais voisin pourraient très bien s'être déplacés dans la zone, profitant de l'instabilité.Il a également fait d'état d'informations, non confirmées, de viols.