Soudan du Sud: l'ONU appelle au dialogue après l'attaque d'une de ses bases

Par La rédaction

Juba (AFP)

Une dizaine de civils et deux Casques bleus indiens ont été tués dans l'attaque d'une base de l'ONU au Soudan du Sud, ont annoncé vendredi les Nations unies, appelant le président et l'ex-vice-président sud-soudanais au dialogue pour éviter une escalade.

Dans une déclaration unanime mais non contraignante, le Conseil de sécurité a appelé Salva Kiir et Riek Machar, dont la rivalité à provoqué une vague de violences inter-ethniques dans le pays, "à lancer un appel à la cessation des hostilités et à l'ouverture immédiate d'un dialogue".

L'ambassadeur français à l'ONU Gérard Araud a ensuite indiqué que M. Kiir avait "apparemment" promis à une mission africaine de médiation de "mener un dialogue sans conditions".

Les ministres des Affaires étrangères de Djibouti, d'Ethiopie, du Kenya, d'Ouganda et du Soudan devaient mener vendredi à Juba des démarches de paix dans le cadre de l'Autorité intergouvernementale sur le développement (Igad).

La délégation devait rencontrer le président Kiir et plusieurs personnalités politiques arrêtées en lien avec les violences, afin de mettre en place "une plate-forme de dialogue national", a expliqué vendredi le ministre ougandais des Affaires étrangères, Okello Oryem.

"C'est une crise politique qui peut déboucher sur une guerre civile si elle n'est pas résolue par le dialogue", a souligné M. Araud en souhaitant le succès de la médiation de l'Igad.

Il a dit craindre une répétition de l'attaque commise jeudi à Aboko (Etat de Jonglei, est), indiquant que 2.000 à 3.000 personnes armées étaient rassemblées près d'un autre camp de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) à Bor, capitale du Jonglei, dans lequel 14.000 personnes ont trouvé refuge.

L'Ouganda envoie des soldats

A Aboko jeudi, 2.000 jeunes de l'ethnie Nuer, à laquelle appartient M. Machar, avaient envahi la base de l'ONU, tuant "au moins 11 civils" de l'ethnie Dinka, celle du président Kiir, et deux Casques bleus indiens, selon la Minuss.Celle-ci avait d'abord annoncé au moins 20 morts civils mais a ensuite rectifié son bilan.L'ONU a envoyé vendredi quatre hélicoptères évacuer son personnel d'Aboko.

L'Ouganda voisin a envoyé des soldats à Juba à la demande du Soudan du Sud pour ramener la sécurité, a rapporté vendredi le quotidien gouvernemental ougandais New Vision, précisant qu'un premier détachement de forces spéciales ougandaises avait contribué à sécuriser l'aéroport et évacuer des ressortissants ougandais.

A Washington, Barack Obama s'est fait l'écho des inquiétudes croissantes face à cette escalade des violences."Les récents combats menacent de faire plonger à nouveau le Soudan du Sud dans ses jours les plus noirs du passé", a averti le président américain.Washington avait largement soutenu la lutte sud-soudanaise pour l'indépendance, obtenue en 2011 après des décennies de guerre contre Khartoum qui ont fait deux millions de morts.

Les affrontements entre factions rivales de l'armée sud-soudanaise, qui ont fait près de 500 morts entre dimanche soir et tard mardi dans la capitale Juba, se sont désormais propagés à l'Etat instable du Jonglei, où les tensions ethniques sont traditionnellement vives.

L'ONU a recensé 14 lieux du pays où ont été rapportés des combats, des troubles civils ou des tensions importantes.Les bases de l'ONU au Soudan du Sud hébergaient vendredi plus de 35.000 personnes, dont 20.000 à Juba, malgré la fin des combats, 1.500 à Pibor et 14.000 à Bor, tombée jeudi aux mains de rebelles présentés par les autorités comme loyaux à Riek Machar.

Profonds ressentiments entre ethnies

Environ 200 employés du secteur pétrolier ont également trouvé asile auprès de l'ONU à Bentiu, capitale de l'Etat d'Unité, dont un champ pétrolier a été attaqué, faisant cinq morts parmi les employés sud-soudanais.Selon un haut responsable de l'ONU, citant des témoignages sur place, il s'agissait là aussi d'une attaque de jeunes Nuer contre des employés Dinkas.

Aux graves dissensions politiques issus de la rébellion sudiste s'ajoutent de profonds ressentiments entre ethnies remontant aux années de guerre civile.En 1991, la défection de M. Machar de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) avait fracturé sur des lignes ethniques la rébellion sudiste historique, dont Salva Kiir était un des responsables, et ses troupes Nuer avaient massacré à Bor près de 2.000 civils Dinkas.

La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a estimé "extrêmement élevé" le risque de conflit ethnique et Human Rights Watch a accusé les belligérants d'avoir commis des meurtres sur des critères ethniques, à Juba et à Bor.

Riek Machar, vice-président du pays jusqu'à son limogeage en juillet, a appelé jeudi sur Radio France Internationale (RFI) au renversement du président Kiir, qu'il a accusé de tenter "d'allumer une guerre ethnique".

L'Allemagne et les Pays-Bas ont évacué au total 135 personnes du Soudan du Sud.Londres en a évacué 93 vendredi.

Khartoum a estimé que les combats au Soudan du Sud allaient "affecter" le Soudan, qui dépend de ses gisements pétroliers.