Soudan: Khartoum appelle au retour des déplacés à Abyei, reprise du dialogue

28 mai 2011 à 18h46 par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

 L'armée soudanaise a appelé samedi les populations à revenir dans la ville d'Abyei, le jour-même d'une visite à Khartoum de responsables sud-soudanais pour tenter de "désamorcer les tensions" autour de cette région que se disputent le Nord et le Sud.

"Les combats à Abyei sont finis, les SAF (Forces armées du Soudan) appellent les Misseriya (tribu arabe nomade pro-nordiste) et les Dinka (tribu sudiste) à revenir et à reprendre une vie normale", selon un communiqué diffusé par l'agence de presse officielle Suna.

"Les SAF sont également engagées à protéger le travail des humanitaires dans la zone d'Abyei", affirme ce communiqué.

Le 21 mai, l'armée du Nord avait pris le contrôle de la ville d'Abyei et s'était déployée jusqu'à plusieurs kilomètres plus au sud, en violation des accords de paix qui avaient mis fin en 2005 à la guerre civile entre le Nord musulman et le Sud chrétien.

Cette avancée a provoqué la fuite vers le sud, en zone sous contrôle de l'armée sudiste, de 30.000 à 40.000 déplacés --en majorité des Sudistes de la tribu Dinka Ngok-- dont beaucoup restent cachés dans la brousse par peur des bombardements aériens nordistes, selon l'ONU.

Selon le gouvernement du Sud-Soudan, ce sont plus de 150.000 personnes qui ont fui Abyei et ses environs, mais ce chiffre n'a pas été confirmé de source indépendante.

Abyei "est désormais une ville fantôme", où seuls sont présents "les SAF et les milices Misseriya", indiquait vendredi l'ONU, faisant état de nombreux pillages par ces forces nordistes.

Toujours selon l'ONU, ce sont plus de 800 tonnes de nourriture et aide humanitaire qui ont été volées dans les pillages des installations des agences onusiennes et des ONG.

Afin "de désamorcer les tensions et améliorer la situation à Abyei", une délégation menée par le vice-président du gouvernement semi-autonome sud-soudanais Riek Machar est arrivée dans l'après-midi à Khartoum.

La délégation a rencontré les responsables du SPLM (le Mouvement populaire de libération du Soudan au pouvoir au Sud) à Khartoum.Elle doit s'entretenir avec le vice-président nordiste, Ali Osmane Taha.

Cette visite surprise intervient le jour de la reprise attendue à Addis Abeba des négociations sur Abyei entre le Parti du Congrès national (NCP) du président soudanais Omar el-Béchir et le SPLM.

Sous la supervision de l'Union africaine, ces discussions se situent à un niveau plus technique et doivent étudier six propositions de l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki.La tenue de ces négociations n'avait cependant pas été encore confirmée dimanche soir par l'UA.

Vendredi, un haut responsable du NCP a affirmé que le Nord restait "ouvert" à la négociation, et notamment à la solution d'un référendum local.

A la lisière entre le Nord et le Sud, Abyei devait organiser en janvier un référendum local pour choisir son rattachement à l'une ou l'autre partie, parallèlement à la tenue du référendum au Sud-Soudan qui a vu l'écrasante majorité en faveur de la sécession.

Faute d'accord, notamment sur le droit de vote des Misseriya, le référendum d'Abyei a été reporté sine die et les combats armés s'y sont multipliés, jusqu'à l'intervention de l'armée nordiste.

Alors qu'ils démentaient jusqu'à présent toute présence sur place, les Misseriya, arabes nomades alliés au pouvoir nordiste et au coeur de la querelle d'Abyei, ont reconnu vendredi leur participation aux récents combats.

"Nous n'évacuerons pas Abyei, même si les SAF se retirent.Notre tribu ne reconnaît désormais que la situation actuelle", a prévenu un leader Misseriya, Ismail Mohamed Yousouf.

"Nous rejetons l'organisation d'un référendum même si les Misseriya ont le droit de vote", a-t-il ajouté, compliquant singulièrement la recherche d'une solution politique pour l'enclave.