Tunisie: deux rappeurs et une journaliste jugés pour outrage

25 novembre 2013 à 12h38 par La rédaction


Ben Arous (Tunisie) (AFP)

Le jugement du procès de deux rappeurs tunisiens et d'une journaliste franco-tunisienne, jugés pour outrage à des fonctionnaires, doit être rendu lundi par un tribunal de la banlieue de Tunis, a constaté un journaliste de l'AFP.

Après quarante minutes d'audience, le juge a annoncé à la mi-journée qu'il rendra sa décision dans la journée.Selon l'avocat des prévenus, Ghazi Mrabet, il devrait intervenir vers 18H00 (17H00 GMT).

Les rappeurs Aymen Feki dit "Men-Ay" et Moustapha Fakhfakh dit "Mr Moustapha" et la journaliste Hind Meddeb risquent jusqu'à dix-huit mois de prison pour "outrage à un fonctionnaire public dans l'exercice de ses fonctions" et "atteinte aux bonnes m�?urs".

Les trois prévenus avaient été poursuivis après que des heurts ont éclaté en juin dernier à la sortie d'un tribunal entre policiers et partisans du rappeur Weld El 15, condamné à l'époque pour une chanson insultant la police.

"Mustapha, Aymen et moi sommes ici pour donner un signe de bonne foi, nous estimons que nous n'avons rien à nous reprocher", a indiqué à l'AFP Hind Meddeb.

Devant le juge, la journaliste a reconnu avoir lancé des insultes le jour des heurts, mais a assuré que cela "n'était pas adressé" à la police ou à la justice.

Les deux rappeurs ont pour leur part clamé leur innocence. 

Leur avocat, Me Mrabet a pour sa part demandé "un non-lieu pour tous les accusés", soulignant notamment que Mme Meddeb avait été interrogée par la police sans qu'un interprète ne soit présent alors qu'elle ne "parle pas l'arabe".

Les procès de rappeurs se sont multipliés ces derniers mois en Tunisie depuis la diffusion de la chanson de Weld El 15 "Les policiers sont des chiens" au printemps.

A chaque fois, les accusés ont été condamnés en première instance à de lourdes peines, avant que celles-ci ne soient considérablement allégées voire même annulées en appel.

Weld El 15, en cavale depuis sa condamnation dans le cadre d'une deuxième affaire à 21 mois de prison, doit être rejugé le 5 décembre.Son co-accusé, le rappeur Klay BBJ a lui été relaxé lors d'un autre procès.

Près de trois ans après la révolution, la police, la justice et le gouvernement dirigé par les islamistes du parti Ennahda sont régulièrement accusés par les ONG et l'opposition de chercher à juguler la liberté d'expression acquise après le soulèvement.

Aucune réforme de fond du système judiciaire et des forces de l'ordre n'a été entreprise depuis la chute du régime autoritaire de Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011.