Tunisie: les "irréductibles" de la révolution en veulent encore au "système"

Par La rédaction

TUNIS (AFP) - (AFP)

Jaloux de "leur" révolution dont ils se sentent dépossédés, une cinquantaine de manifestants campent depuis une semaine place des droits de l'Homme à Tunis pour "protéger et poursuivre la révolution", une manifestation qu'ils ont baptisée le "sit-in du destin".

"On n'a pas les moyens d'organiser des conférences dans des hôtels comme le font les partis.Nous nous emparons de la place publique" lâche Sonia Chermiti, quadragénaire qui campe depuis le 15 juin date du début du sit-in.

Le dessein de cette manifestation est quasiment identique à celui de deux sit-in précédents, en janvier et février devant les bureaux du Premier ministre, qui ont marqué un tournant dans la transition après la chute du régime Ben Ali, le 14 janvier dernier.

Le premier a provoqué le départ de plusieurs ministres du parti unique de l'ex-président et le second a contraint à la démission Mohammed Ghannouchi, Premier ministre de Zine El Abidine Ben Ali qui était resté à la tête du gouvernement après sa fuite.

Ce mouvement a aussi abouti à la décision de convoquer des élections, pour élire une assemblée constituante.Annoncées pour juillet, celles-ci doivent finalement avoir lieu le 23 octobre.

Pour les organisateurs du nouveau sit-in, le destin de la révolution tunisienne est encore incertain.

Sur Facebook, les revendications pleuvent : indépendance totale et définitive du pouvoir judiciaire, que ceux qui ont tiré sur la foule pendant la répression des protestations soient traduits en justice, démission des ministres de la Justice et de l'Intérieur.

Les protestataires veulent aussi la "chute du système" et "créer une tribune pour tous les citoyens", détaille Sonia.

Mais c'est une tribune où les orateurs peinent à se faire entendre sur fond de sifflets des agents de la circulation, de klaxons et du fracas des travaux dans un hôtel voisin.

Sonia explique que ce lieu a été choisi par défaut."Nous avons voulu nous emparer de la place du gouvernement à la Kasbah", regrette-t-elle."On a été violemment renvoyés".D'autres participants expliquent qu'ils "n'ont voulu gêner personne", notamment les commerçants de la Medina, à proximité de la place du gouvernement qui ont dû fermer boutique lors des précédents sit-in.

L'assistance, cette fois-ci, est nettement plus réduite, les nombreuses grèves et mouvements sociaux qui avaient paralysé la Tunisie dans les premiers mois de l'après Ben Ali s'étant progressivement taris.

Attenante à l'avenue Mohamed V, un des principaux axes de la capitale, la place des Droits de l'homme est entourée de gigantesques sièges des banques.Jalonnée de palmiers, cette place est un ancien repaire d'amoureux en quête de discrétion.Elle se veut désormais un fief des irréductibles de la révolution.

Le "code de bonne conduite du sit-in du destin", placardé sur les arbres du jardin, interdit "tout discours partisan qui nuit à la cohésion des frères et soeurs manifestants".

Ici, l'explosion du nombre de partis, près d'une centaine actuellement, est considérée comme un morcellement de la société qui ajoute de la confusion dans le paysage politique.

"C'est comme si un vieux bâtiment s'était écroulé et qu'on essayait de reconstruire sur les ruines.Il faut tout nettoyer d'abord", explique Mohamed-Amine mimant de la main un coup de balai.

Chaque jour, les émissaires de petites formations politiques récemment créées viennent témoigner leur soutien mais, pour l'instant, aucun des grands partis n'a fait de même.

Jeudi, un groupe sur Facebook annonçait le début d'un autre "sit-in du destin" à Sfax, la deuxième ville de Tunisie.