Tunisie: première séance solennelle de l'Assemblée constituante élue

22 novembre 2011 à 12h41 par La rédaction

TUNIS (AFP) - (AFP)

 L'Assemblée constituante élue le 23 octobre lors des premières élections libres en Tunisie a solennellement ouvert mardi ses travaux, dix mois après la fuite de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali.

"Je déclare ouverte la première séance de l'Assemblée constituante", a déclaré l'élu le plus âgé de la Constituante, Tahar Hamila, président de la séance, devant l'Assemblée réunie au palais du Bardo, siège de l'ancien parlement à Tunis.

Les 217 députés, parmi lesquels les islamistes sont les plus nombreux avec 89 élus, ont alors chanté l'hymne national tunisien sous la coupole du palais du Bardo.

Enorme lustre en cristal, armoiries de la République tunisienne et Corans sur lesquels ils devaient prêter serment: tout le décorum était en place pour cette réunion historique.

Les députés ont ensuite récité la Fatiha, la première sourate du Coran, en hommage aux "martyrs" de la révolution tunisienne.

"En ce moment historique, nous posons la première pierre de la deuxième république pour un Etat de liberté, de justice et de dignité, qui sera appelé à réaliser les objectifs de la révolution", a déclaré M. Hamila.

 Après une suspension de séance, l'Assemblée va devoir valider l'accord de partage du pouvoir conclu entre les vainqueurs des élections, Ennahda et ses deux partenaires de gauche Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, qui se sont partagés les postes-clés au sommet de l'Etat.

Le chef du parti Ettakatol Mustapha Ben Jaafar, 71 ans, ancien opposant à Ben Ali, est le candidat désigné par les trois partis pour présider l'Assemblée constituante.

Moncef Marzouki, dirigeant du CPR, devrait accéder à 66 ans à la présidence du pays, et Hamadi Jebali, 62 ans, du parti islamiste Ennahda, prendra la tête du gouvernement.Ces deux dernières nominations devraient être validées ultérieurement par la Constituante.

La société civile affiche sa vigilance

Le président tunisien par intérim Fouad Mebazaa, qui a dirigé la Tunisie depuis la chute de Ben Ali le 14 janvier, prononcera ensuite une allocution.Les députés doivent alors procéder à l'élection du président de la Constituante et de ses deux vice-présidents.

Avant même l'ouverture de la séance, quelques centaines de personnes ont manifesté devant le palais du Bardo pour rappeler aux députés que la société civile "les a à l'oeil", selon la formule d'un manifestant.

Femmes démocrates, familles des "martyrs" de la Révolution, représentants de la société civile, brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: "ne touchez pas au Code du statut personnel" (de la femme), "non à l'extrémisme", "n'oubliez pas les martyrs".

La députée islamiste Souad Abderrahim, qui avait violemment critiqué les mères célibataires, a été prise à partie à son arrivée au palais par des manifestants qui lui ont crié: "Dégage!".

L'Assemblée constituante, outre la formation du nouvel exécutif, aura pour principale mission de rédiger une nouvelle Constitution et de légiférer jusqu'aux prochaines élections générales, en principe dans un an.

Face à la majorité Ennahda/CPR/Ettakatol, les autres partis de gauche PDP (Parti démocrate progressiste, 16 sièges) et PDM (Pôle démocratique moderniste, 5 sièges) se rangeront dans l'opposition.

Les autres forces représentées à la Constituante sont l'Initiative, de Kamel Morjane, un ex-ministre de Ben Ali (5 sièges), Afek Tounes (libéraux, 4 sièges), le PCOT (communistes, 3 sièges).Les seize derniers sièges sont répartis entre petits partis et indépendants.