Tunisie: violences et grèves dans deux villes

27 novembre 2013 à 17h45 par La rédaction


Siliana (Tunisie) (AFP)

Deux grèves ont dégénéré mercredi en violences dans deux villes de Tunisie, où la grogne sociale s'amplifie dans un contexte de grave crise politique. 

Des dizaines de protestataires, des jeunes pour la plupart, ont ouvert les hostilités à Siliana (150 km au sud-ouest de Tunis) en jetant des pierres sur la police qui a tenté de les disperser en les pourchassant et par des tirs de lacrymogènes, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Des blessés légers ont été soignés à l'hôpital, dont un photographe de l'AFP.

En fin d'après-midi, des barrages de pneus en feu et de ferraille avaient été dressés par les manifestants sur l'axe principal de Siliana.

Dans la ville de Gafsa (centre), des heurts ont aussi eu lieu dans la matinée.La police y a d'abord repoussé des manifestants qui tentaient d'envahir le siège du gouverneur, puis des centaines de protestataires ont attaqué le siège du parti Ennahda qui dirige le gouvernement.

Les locaux ont été saccagés puis partiellement incendiés.Les manifestants ont aussi mis le feu au mobilier dans la rue et empêché les pompiers de se rendre sur les lieux.

La police n'est pas intervenue mais le calme est revenu dans l'après-midi.

 

Gouvernement accusé de tous les maux

Le gouvernement tunisien et le parti Ennahda n'ont fait aucun commentaire au sujet des violences.

Trois régions tunisiennes --Siliana, Gafsa et Gabès (ouest)-- étaient paralysées par des grèves.

A Siliana, il s'agissait de marquer le 1er anniversaire de la répression d'un mouvement social qui avait fait en trois jours quelque 300 blessés, notamment par des tirs de chevrotine.

Le syndicat UGTT, organisateur de la grève, reproche au gouvernement de ne pas avoir pris en charge les blessés ni investi dans le développement économique régional comme il l'avait promis à l'époque.

"Le gouvernement n'a pas tenu ses engagements contenus dans la convention de décembre 2012 qui prévoit qu'il s'occupera des soins des blessés et de leurs besoins matériels et physiques", a expliqué, avant les heurts, le secrétaire général adjoint de l'union régionale de l'UGTT, Ahmed Chefaï.

A Gafsa et Gabès, les grèves ont été décidées à la suite de la décision du gouvernement de ne pas inclure ces régions dans la liste des gouvernorats où des centres hospitaliers universitaires (CHU) seront bâtis dans les années à venir.

Les organisateurs ont interprété cette décision comme la preuve que le gouvernement ne lutte pas contre les disparités de développement entre les régions, un des facteurs de la révolution de 2011 qui avait été largement nourrie par des revendications sociales. 

Les manifestations à Gabès se sont déroulées dans le calme.

 

Pauvreté et blocage politique

A Gafsa, des heurts comme ceux de mercredi ont lieu régulièrement et le local d'Ennahda avait déjà été attaqué cette année.La localité avait aussi été le théâtre d'une insurrection réprimée en 2008 dans le sang par le régime de Zine El Abidine Ben Ali, lui-même renversé lors de la révolution de janvier 2011.

Cette région est stratégique pour la Tunisie en raison de ses mines de phosphates mais reste parmi les plus pauvres du pays.

Depuis la révolution, la production minière y est à 30% de ses capacités en raison des nombreux mouvements sociaux et malgré l'embauche de milliers de personnes depuis deux ans pour tenter de juguler la grogne.

Les grèves et débrayages se sont multipliés ces dernières semaines alors que l'économie peine à redémarrer depuis la révolution, faute d'une croissance suffisante pour réduire le chômage et la misère de manière significative.Parallèlement, l'inflation flirte avec les 6%. 

Ce contexte économique et social difficile est aggravé par une crise politique qui paralyse les institutions depuis fin juillet et l'assassinat d'un opposant attribué à la mouvance jihadiste.

Le gouvernement s'est engagé fin octobre à démissionner pour résoudre l'impasse politique, mais il est toujours en place, islamistes et opposants ne parvenant pas à s'entendre sur le nom d'un Premier ministre indépendant.

"La classe moyenne s'effrite, la pauvreté augmente et le blocage politique a entraîné cette situation de recours excessif à la grève", résume l'économiste indépendant, Ezzedine Saïdane.