Soudan: le gouverneur de l'Est démissionne, les manifestants lèvent leur blocus (responsables)

AFRICA RADIO

7 juin 2022 à 20h51 par AFP

Les manifestants qui bloquaient l'est du Soudan et ses ports vitaux pour l'économie du pays ont annoncé mardi lever leur blocus après la démission du gouverneur qu'ils jugeaient trop enclin aux compromis avec le pouvoir central.

Les tribus Beja, qui sont à l'initiative des manifestations lancées la semaine dernière sur plusieurs routes et ports du pays, accusaient le gouverneur Ali Abdallah Adroub de soutenir un accord de paix entre Khartoum et des groupes rebelles en 2020, signé par des délégués de l'Est contestés par les Beja. "Nous levons le sit-in devant le gouvernorat de la Mer rouge ainsi que tous les sit-in de l'est du Soudan après avoir eu confirmation de la démission du gouverneur", indique un communiqué des tribus Beja, qui comptent plus de 4,5 millions de membres dans l'Est. Le bureau de M. Adroub a confirmé dans un communiqué que ce dernier avait présenté sa démission. En 2020, dans la foulée du renversement du dictateur Omar el-Béchir, les autorités de transition menées conjointement par des civils et des militaires avaient signé la paix avec la majorité des groupes rebelles du Soudan. Les tribus Beja accusent les signataires de l'Est d'avoir fait trop de concessions au pouvoir central et réclament une meilleure représentativité au sein des autorités et plus d'investissement pour une région, importante zone de passage commercial mais qui n'en tire aucun bénéfice. Les importations et exportations du Soudan, du Tchad, de l'Ethiopie et de la République centrafricaine, ainsi que le pétrole du Soudan du Sud transitent en effet par les ports soudanais de la mer Rouge. L'an dernier, des manifestants avaient bloqué pendant un mois et demi les routes et docks de la région, créant de graves pénuries. Ils n'avaient levé leur blocus qu'en novembre après le coup d'Etat du général Abdel Fattah al-Burhane qui a mis fin le 25 octobre au partage du pouvoir avec les civils. En décembre, le général Burhane avait suspendu les points de l'accord relatifs à l'Est pour les réviser en accord notamment avec les Beja. Mardi soir, il a tenté de rassurer sur la relance de la transition, alors que l'ONU, l'Union Africaine (UA) --dont le Soudan est toujours suspendu-- et l'organisation régionale est-africaine IGAD ont convoqué pour mercredi une "réunion technique" entre militaires et civils. Le général Burhane l'a qualifiée d'"opportunité historique" mais les civils, eux, ont déjà indiqué qu'ils n'y participeraient pas. Après les Forces de la liberté et du changement (FLC), principal bloc civil du pays, c'est le parti Oumma, le plus ancien du Soudan, qui a indiqué mardi refuser de participer à ce dialogue. Le général Burhane, lui, a assuré à la télévision d'Etat que les militaires étaient "déterminés à mettre en oeuvre ce qui naîtra du dialogue".