Un barrage jugé « dangereux » par Washington
Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi à Davos que le mégabarrage éthiopien « bloque le Nil », lors d’un échange avec son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Inauguré début septembre dans l’ouest de l’Éthiopie, le Grand barrage de la Renaissance (GERD) est, selon lui, un projet « dangereux ». « Ils ont construit un barrage où quelqu’un ne reçoit pas l’eau qu’il est censé recevoir et qu’il a reçue pendant un million d’années », a lancé Donald Trump, estimant que le débit du fleuve était désormais entravé par une infrastructure « très massive ». La discussion s’est tenue à huis clos, en présence de responsables égyptiens et américains.
🇪🇬 🇺🇸 🇪🇹 | Le président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi : 🎙️ « Je remercie le président Trump pour son soutien à l'Égypte dans le dossier du Grand barrage de la Renaissance éthiopien (GERD). »
— Egypt News (@EgyptNews_fr) January 21, 2026
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Une question vitale pour l’Égypte
Le Nil est au cœur des préoccupations stratégiques du Caire. L’Égypte dépend à 97 % du fleuve pour ses besoins en eau, et considère le GERD comme une « menace existentielle », redoutant un tarissement de ses ressources hydriques, cruciales pour l’agriculture et l’approvisionnement de sa population. Le barrage est conçu pour retenir une partie des eaux du Nil Bleu, qui prend sa source en Éthiopie avant de rejoindre le Nil Blanc au Soudan, puis de traverser l’Égypte jusqu’à la Méditerranée. Addis-Abeba, de son côté, défend le projet comme un levier majeur de développement, destiné à doubler sa production d’électricité.
Trump veut « remettre sur les rails » les négociations
Donald Trump a estimé que le problème aurait dû être traité plus tôt, « quand ils construisaient et finançaient » le barrage, affirmant que les États-Unis avaient contribué à son financement. Il a dit vouloir « essayer » de réunir les dirigeants égyptien et éthiopien afin de « voir si on peut conclure un accord ». Le président américain a rappelé qu’une médiation menée durant son premier mandat avait été « proche du succès », et s’est dit convaincu de pouvoir relancer le dialogue. Il a également qualifié le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed de « type fort ».
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Un dossier diplomatique ancien et sensible
Vendredi dernier, Donald Trump s’était déjà dit prêt à « relancer la médiation » dans une lettre adressée à Abdel Fattah al-Sissi, saluant son rôle dans l’accord de cessez-le-feu à Gaza. Il s’est par ailleurs vanté à plusieurs reprises d’avoir évité une guerre entre les deux pays riverains du Nil. En 2020, son administration avait suspendu environ 272 millions de dollars d’aide à l’Éthiopie, accusée d’intransigeance dans les négociations. Cette décision avait été annulée quelques mois plus tard par le président Joe Biden.
Des médiations restées infructueuses
Depuis plus de dix ans, de nombreuses tentatives de médiation ont été menées pour tenter de rapprocher l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan. Les États-Unis, la Banque mondiale, la Russie, les Émirats arabes unis et l’Union africaine ont successivement tenté de faciliter un accord, sans succès durable. Malgré les déclarations volontaristes de Donald Trump à Davos, le différend autour du Nil reste l’un des dossiers géopolitiques les plus sensibles d’Afrique, mêlant enjeux de souveraineté, de développement et de sécurité hydrique.
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