Conflit en Centrafrique, pire sécheresse en 10 ans en Namibie ou isolement de la Corée du Nord: l'ONG Care alerte ce mercredi 28 janvier sur les dix "crises humanitaires oubliées" en 2025, très majoritairement en Afrique, touchant environ 43 millions de personnes, dans un rapport publié un an après l'annonce du gel de l'aide américaine.
Pour déterminer les crises "les moins médiatisées", l'ONG a comptabilisé, de janvier à septembre 2025, les articles dans près de 350.000 médias en ligne dans le monde, en cinq langues.
Résultat: 1.532 articles ont été consacrés à la République centrafricaine, déchirée par une guerre civile dans les années 2010 et où environ 2,4 millions de personnes sont "en situation d'urgence humanitaire", d'après Care, 63 fois moins que les 96.927 publications sur le mariage du fondateur d'Amazon, Jeff Bezos, à Venise en juin.
Pour Madagascar, secoué par des phénomènes météorologiques extrêmes, des "troubles sociaux" et un coup d'État militaire en octobre dernier, 6.210 articles ont été recensés selon l'ONG. Plus de 70 fois moins que les près de 450.000 publications sur "la fermeture" de TikTok aux États-Unis.
"Sans articles, pas de pression publique. Sans pression publique, pas de décisions politiques. Sans décisions politiques, pas de financements humanitaires"
"Sans articles, pas de pression publique. Sans pression publique, pas de décisions politiques. Sans décisions politiques, pas de financements humanitaires", affirme l'ONG, présente dans plus de 120 pays.
"En 2025, les plans humanitaires des Nations unies pour le Zimbabwe ou le Malawi n'étaient financés qu'à 14%", argumente Care, précisant qu'à ces "déficits structurels" s'ajoutent "des coupes budgétaires brutales décidées par les États-Unis et par une dizaine de pays européens, dont la France, qui ont entraîné une baisse de près de la moitié de l'aide humanitaire mondiale".
"On n'avait pas connu une telle remise en question idéologique et financière de la notion même de solidarité internationale depuis la Seconde Guerre mondiale", s'inquiète auprès de l'AFP Adéa Guillot, porte-parole de Care France.
Et l'impact est "extrêmement fort" sur ces populations "en situation de faim, en situation de soif, en situation d'extrême pauvreté", avec des femmes et des filles "toujours touchées de manière disproportionnée" et exposées aux risques de violences sexuelles, rappelle Mme Guillot.
En 2025, la Centrafrique figure en tête du classement devant la Namibie, la Zambie, le Malawi, le Honduras, la Corée du Nord, l'Angola, le Burundi, le Zimbabwe et Madagascar.
Le continent africain est "chaque année largement oubliée par les médias"
Depuis dix ans et le début de ces rapports, le continent africain est "chaque année largement oubliée par les médias", note Care dans son communiqué de presse.
Et la Centrafrique a fait, chaque année, partie de ce classement des "crises humanitaires oubliées".
Dans ce pays d'Afrique centrale, la situation sécuritaire s'est quelque peu apaisée après la sanglante guerre civile des années 2010, même si cet acquis reste "fragile", de l'aveu même du président centrafricain tout juste réélu Faustin Archange Touadéra. Et l'instabilité persiste à l'est, à la frontière des deux Soudan, et au nord-ouest.
"Il est profondément préoccupant que 80% des crises les moins médiatisées (en 2025) soient en Afrique, et même 60% dans le sud de l'Afrique", souligne Charlene Pellsah Ambali, directrice adjointe de Care Zimbabwe.
"Pour nous, en Afrique, y compris au Zimbabwe, nos crises ont tendance à être longues, à commencer lentement, à être complexes" et "ne font pas
toujours les gros titres", déplore-t-elle lors d'un point presse mardi en visioconférence.
Le changement climatique est un "facteur commun" à toutes ces "crises oubliées"
En 2023-2024, le Zimbabwe "a subi une grave sécheresse causée par le phénomène climatique extrême El Niño, entraînant de lourdes pertes de récoltes et une pénurie d'eau", relate Care.
En 2025, le changement climatique est un "facteur commun" à toutes ces "crises oubliées", met en avant l'ONG, rappelant qu'il "agit comme un multiplicateur de crises".
La population "en fait l'expérience directement et de manière répétée" dans le sud de l'Afrique, pointe Charlene Pellsah Ambali.
"Les sécheresses, les cyclones, les inondations, deviennent plus fréquents et plus intenses d'année en année (...) et les populations pauvres sont les plus durement touchées", insiste-t-elle.
Parmi les solutions recommandées, la porte-parole de Care France suggère aux médias de faire du reportage de terrain pour s'intéresser à ceux, dans ces pays, qui "travaillent aux solutions".
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