En ce moment

Cinéma. "Promis le Ciel" : un film sur l’africanité, la foi et la vie des femmes migrantes en Tunisie

Actus. Avec Promis le Ciel, en salles ce mercredi 28 janvier, la réalisatrice franco-tunisienne Erige Sehiri signe un film profondément politique et spirituel. À travers le destin de trois femmes noires venues de Côte d’Ivoire et d’une enfant rescapée d’un naufrage, elle donne à voir une autre réalité de la migration africaine : celle qui se joue d’abord à l’intérieur du continent, dans une Tunisie où les personnes noires sont aujourd’hui violemment ostracisées.

Cinéma. "Promis le Ciel" : un film sur l’africanité, la foi et la vie des femmes migrantes en Tunisie
Dans "Promis le ciel" Aïssa Maïga incarne Marie, une pasteure ivoirienne à Tunis - ManekiFilms/Henia Productions

Une rencontre fondatrice à l’origine du film 

Le point de départ de Promis le Ciel n’est ni un fait divers ni un discours politique, mais une rencontre intime. Celle d’une amie ivoirienne croisée par Erige Sehiri en 2016, et retrouvée des années plus tard dans une situation radicalement différente. « Tout cela est né d’une rencontre avec une amie ivoirienne, en 2016, qui était journaliste. Quand je l’ai revue des années plus tard, elle me racontait qu’elle se sentait de moins en moins à l’aise en Tunisie, qu’elle pensait à quitter le pays. Mais entre-temps, elle avait décidé de devenir pasteure, et d’avoir sa propre église évangélique qui soutient les femmes et leurs parcours »

Ecoutez Erige Sehiri

Cette révélation agit comme un choc pour la cinéaste, qui prend conscience de la réalité invisible de ces femmes vivant parfois à quelques mètres de chez elle « Elle habitait à côté de chez moi, on ne connaît pas la vie des autres. J’ai vraiment eu envie de me plonger en immersion dans la vie de ces femmes, et d’essayer de casser tous les clichés qu’on pourrait avoir sur la migration, sur la migration des femmes, et surtout m’intéresser à la migration africaine ». Erige Sehiri rappelle un fait souvent ignoré : « Il faut rappeler que la migration africaine se fait d’abord en Afrique. 80 % de la migration africaine se fait entre Africains »

Filmer la précarité sans enlever la dignité 

Dans Promis le Ciel, les personnages ne sont ni héroïsés ni réduits à leur souffrance. Un choix revendiqué par la réalisatrice, qui refuse tout misérabilisme. « La dignité, elle est là, dans toutes choses, dans mes films. À partir du moment où on pense toujours à l’humain et à sa dignité, tout se fait en fonction de cela »
Cette attention constante à l’humain laisse place à la vie dans toute sa complexité : « La vie, c’est aussi des moments gracieux, des moments d’humour, plus tristes, plus drôles. C’est ce mélange qui permet de faire un film où elles ne sont ni victimes, ni héroïnes ». Un positionnement rare, qui redonne aux femmes migrantes une épaisseur, une liberté et une présence rarement offertes à l’écran. 

Une esthétique de l’entre-deux, entre lumière et menace 

Visuellement, Promis le Ciel est traversé par une lumière crépusculaire, presque constante, qui traduit l’état de suspension dans lequel vivent les personnages. « C’est un film sur l’entre-deux de la vie, de ces femmes et de ces parcours-là. Pour se mettre à leur place, il faut comprendre cette vie en apnée ». Une existence prise dans une série de tensions permanentes : « Toujours entre le jour et la nuit, entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, entre “est-ce que je reste ou je pars”, entre la foi et le doute ». Cette esthétique devient alors un langage, une manière de faire ressentir l’instabilité émotionnelle et physique de ces vies déplacées.  

ManekiFilms/Henia Productions

Revendiquer l’africanité de la Tunisie 

Au-delà de la question migratoire, Promis le Ciel porte un message politique plus large : celui de la place de la Tunisie en Afrique et de son rapport aux personnes noires. « Pour moi, c’est une des raisons du film : revendiquer notre africanité, si souvent oubliée et mise de côté, comme si on devait toujours regarder vers le nord, vers l’Europe». Erige Sehiri revendique une identité plurielle, loin des assignations : « On peut être à la fois tunisien, arabe, musulman, chrétien, juif et africain ». À travers le destin de ces femmes, la réalisatrice interroge une société tunisienne confrontée à ses propres contradictions et à un racisme longtemps passé sous silence. 

ManekiFilms/Henia Productions

Promis le Ciel, d’Erige Sehiri 
En salles en France le 28 janvier 
 

Festivals & Prix

Un Certain Regard, Festival de Cannes 2025

Valois de la mise en scène, Festival du Film Francophone d’Angoulême 2025

Valois de la meilleure actrice pour Debora Lobe Naney, Festival du Film Francophone d’Angoulême 2025

Valois du scénario, Festival du Film Francophone d’Angoulême 2025

Etoile d’Or, Grand Prix , Festival international du Film de Marrakech 2025

Prix d’interprétation féminine pour Debora Lobe Naney, Festival international du Film de Marrakech 2025



Newsletter

Restez informé ! Recevez des alertes pour être au courant de toutes les dernières actualités.
Réagir à cet article

L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.

En direct
Les rendez-vous santé
Nos applications
Facebook
Twitter
Instagram
Cinéma. "Promis le Ciel" : un film sur l’africanité, la foi et la vie des femmes migrantes en Tunisie