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États-Unis. "Les agents de l'ICE sont assez bien protégés", souligne Anne Deysine

Actus. Les dernières interventions de la police de l’immigration (ICE) à Minneapolis, qui ont causé la mort de deux Américains, suscitent l’indignation au sein de la société et de la classe politique, que ce soit chez une partie des Démocrates et des Républicains. Ces évènements pourraient-ils fragiliser le camp Républicain aux élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre ? L’agence fédérale, qui est la plus financée, est-elle intouchable ? Anne Deysine, professeure des universités et auteure de “Les juges contre l’Amérique : la capture de la Cour suprême par la droite radicale”, (éd. Presses universitaires de Nanterre) était l’invitée d’Africa Radio ce mercredi 28 janvier.

États-Unis. "Les agents de l'ICE sont assez bien protégés", souligne Anne Deysine
Les dernières interventions de la police de l’immigration (ICE) à Minneapolis, qui ont causé la mort de deux Américains, suscitent l’indignation au sein de la société et de la classe politique, que ce soit chez une partie des Démocrates et des Républicains

L'agence fédérale, ICE, est-elle au-dessus de la loi ?

C’est une agence qui a pour rôle de contrôler l’immigration. Elle fait partie du département de la Sécurité intérieure et, a priori, elle respecte les lois et elle respecte les règles internes, en particulier des règles de comportement de ses agents. Mais il est vrai que depuis que Monsieur Trump est revenu au pouvoir, comme il leur a fixé un chiffre d’expulsions (un million par an, ndlr), ceux-ci ont recours à des méthodes extrêmement brutales, violentes. Et il y a des dérapages comme ces décès, parce qu’ils ne respectent pas justement ce qu’on appelle les règles d’engagement, de façon à ne pas susciter la violence et à ne pas provoquer des accidents.

Que peut-il se passer pour l’agence fédérale, sur le plan juridique, suite à ces deux décès notamment ? Est-ce que les familles des personnes tuées par les agents peuvent les poursuivre, par exemple ?

C’est l’une des difficultés. L’une des raisons pour lesquelles les agences se comportent comme ceci, c’est que le vice-président (JD Vance, ndlr), après le premier décès, a immédiatement dit que les agents fédéraux jouissaient d’une immunité absolue. Ils font leur travail, ils font une mission extrêmement importante, donc ils ne peuvent pas être poursuivis, ils jouissent d’une immunité absolue. Ce qui a envoyé le message aux agents en question qu’ils pouvaient faire n’importe quoi, qu’ils ne seraient pas poursuivis.
Dans la réalité, les agents sont assez bien protégés. Ils ont ce qu’on appelle une immunité qualifiée, c’est-à-dire avec des nuances : s’ils respectent la loi, effectivement, les citoyens ne peuvent pas les poursuivre.

Mais qui sont ces agents de l’ICE ? Est-ce que ce sont des professionnels ? Est-ce que ce sont aussi des personnes, juste des citoyens ?

À l’origine, c’étaient des gens qui étaient recrutés avec une sélection assez sévère, sur des critères physiques, des critères de comportement, etc. Sauf que, là encore, avec l’arrivée de Trump au pouvoir, les services ont renvoyé un certain nombre de membres de l’ICE et ont ouvert le recrutement, à des gens, par exemple, qui étaient ce qu’on appelle des vigilantes près de la frontière, en Arizona, au Texas.

C’est-à-dire des civils qui d'eux-mêmes sur eux de patrouillaient, tiraient ou d’arrêtaient des immigrés. Et c’est là qu’ils ont été recrutés, avec une formation minimaleEt on ne les a absolument pas formés à ce qu’on appelle la désescalade de la violence et à ce qu’on doit faire lorsque l’on est confronté à ce type de situation.

Au niveau de l’État du Minnesota, qui s’est fortement opposé à cette intervention de l’ICE, que peut-il faire ? Est-ce que les autres États peuvent aussi s’opposer finalement à une intervention de cette police de l’immigration ?

L’État du Minnesota a voulu être associé aux enquêtes dans les deux cas, de façon, le cas échéant, à pouvoir essayer de poursuivre les agents en question. Et au début, ça a été très difficile, l’ICE a refusé de leur communiquer quoi que ce soit.
Alors le gouverneur, le maire de Minneapolis, la procureure générale, le ministre de la Justice ont tous exprimé que cette violence était le fait de l’ICE et ils ont demandé au président de retirer les troupes de l’ICE de l’État. Et c’est intéressant parce que c’est vraiment en quelques heures que cela a basculé.

Hier encore, Trump et son ministre de la Justice continuaient à dire que les pauvres gens décédés étaient des criminels, des terroristes, qu’ils l’avaient bien cherché, qu’ils attaquaient les troupes de l’ICE, etc. Et on se demandait un petit peu ce qui allait se passer. Beaucoup de gens étaient très inquiets d’émeutes, pas tout à fait de guerre civile, mais d’une escalade de la violence.

Et là, je ne sais pas si c’est le fait que quelques élus républicains ont enfin osé lever la tête et exprimer des critiques quant à cette politique, mais Trump a fait machine arrière et retire les troupes de l’ICE. Alors pour les autres États, honnêtement, c’est trop tôt. Trump ne connaît que le rapport de force. Là, finalement, les élus du Minnesota ont bien résisté et c’est peut-être ce qui a fait reculer le président.

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