Au Soudan, les médecins manifestent contre les attaques des forces de l'ordre

AFRICA RADIO

16 janvier 2022 à 12h36 par AFP

En blouse blanche, brandissant des photos de confrères tués, des dizaines de médecins dénoncent dimanche à Khartoum des attaques contre des blessés, des médecins, mais aussi des hôpitaux dans le cadre de la répression par les forces de l'ordre des manifestants anti-putsch.

En plus de la répression des cortèges, souvent à balles réelles, les forces de sécurité ont attaqué plusieurs hôpitaux, affirment l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le syndicat des médecins pro-démocratie, proche de la contestation. Des blessés ont été sortis de force d'ambulances ou même de lits d'hôpitaux et des grenades lacrymogènes ont été tirées dans des hôpitaux où des médecins ont été passés à tabac jusque dans des salles d'opération, rapportent régulièrement les médecins soudanais. Les manifestants ont indiqué dimanche avoir déposé deux rapports d'incidents au parquet de Khartoum, tandis que l'OMS a elle "confirmé 11 attaques contre des soignants ou des établissements de santé depuis novembre". De nouveau malgré tout, la société civile -- dont le principal bloc politique les Forces de la liberté et du changement (FLC) a dit dimanche accepter l'offre de dialogue de l'ONU pour sortir de la crise-- appelle à de nouvelles manifestations lundi. Depuis que le général Abdel Fattah al-Burhane a mené le 25 octobre un coup d'Etat au Soudan, 64 manifestants ont été tués selon le syndicat des médecins. La police a de son côté rapporté la mort d'un général. "Alors que le Covid-19 reste une grave menace et que la population est menacée par la dengue, le paludisme, la rougeole et l'hépatite E, il faut impérativement que les centres de santé et leurs employés puissent travailler sans entrave", a par ailleurs souligné l'OMS. Officiellement, 93.973 personnes ont été infectées par le Covid-19 au Soudan et environ 4.000 en sont mortes. Mais, selon l'OMS, le bilan des victimes de l'épidémie au Soudan est bien plus élevé en réalité, le pays -- l'un des plus pauvres au monde -- manquant de moyens pour tester la population et surveiller l'évolution de la crise sanitaire. Surtout, notait l'OMS fin septembre, 64% des soignants testés étaient eux-mêmes infectés, de quoi réduire encore plus leur capacité de réaction face à la propagation de l'épidémie dans un pays où, alors, seuls 6% des 45 millions d'habitants étaient vaccinés.