A Doloow, entre sécheresse et combats, les déplacés somaliens en quête d'aide

Par La rédaction

DOLOOW (Somalie) (AFP) - (AFP)

"Son estomac brûle comme s'il était en feu tellement il a faim.Mais je ne peux rien faire", déplore Hassan Abdi en regardant tristement son petit-fils.A Doloow, dans le sud somalien dévasté par la sécheresse, les enfants pleurent de faim dans la poussière.

D'une main, Hassan Abdi tient son petit-fils de cinq ans, de l'autre, toute la nourriture dont les sept membres de sa famille disposent : un sac de céréales, du sucre et une bouteille d'huile, l'aide alimentaire qu'une organisation humanitaire leur a fournie.

"Cette nourriture va aider, mais elle ne va pas durer longtemps", craint Hassan Abdi.

La sécheresse qui frappe la Corne de l'Afrique est la pire depuis des décennies, affirment les Nations unies.

En Somalie, elle est encore aggravée par de longues années de conflits.Selon l'ONU, jusqu'à 350.000 personnes sont en état de famine dans deux provinces du sud contrôlées par les insurgés islamistes shebab et des dizaines de milliers de personnes ont déjà succombé ces derniers mois.

A Doloow, des chameaux décharnés cherchent de quoi manger dans la brousse.Les familles espèrent patiemment de l'aide, assises à l'ombre des arbres.

Beaucoup ont marché pendant des jours pour arriver jusqu'à ce village frontalier de l'Ethiopie, dans la région de Gedo.Ici, où la population locale est déjà elle-même menacée de famine, ils sont venus chercher une première aide avant de continuer leur chemin jusqu'aux camps de réfugiés éthiopiens.

Malgré les promesses de dons de la communauté internationale, l'aide arrive difficilement dans les régions contrôlées par les shebab - la plupart dans le sud et le centre du pays.

Quelques ONG y ont maintenu des activités ces deux dernières années, en dépit de conditions de travail périlleuses et de restrictions drastiques imposées par les rebelles.Mais de nombreuses organisations, interdites par les insurgés, comme le Programme alimentaire mondial (PAM), ont choisi de se retirer.

A une centaine de kilomètres de là, la ligne de front, mouvante, n'est pas loin.Mais Doloow est une poche sécurisée par les forces pro-gouvernementales dans une zone largement dominée par les shebab.

"Ici au moins, les travailleurs humanitaires sont en sécurité", estime Abdulrashid Hassan Abdi, le commissaire local."Ailleurs, les combats continuent", constate-t-il.

Beaucoup de ceux qui ont fui les régions déclarées en état de famine par l'ONU - le sud du Bakool et Lower Shabelle - disent avoir été victimes de harcèlement violent dans leur périple à travers les zones shebab.Plusieurs racontent que tout leur argent, les biens et le rare bétail encore vivant qui leur restaient ont servi à payer leur passage.

"Avant, j'avais beaucoup de chèvres, mais nous n'avons plus rien maintenant", raconte Sayed Hassan, qui a rejoint Doloow avec sa famille, après une marche de trois jours.

"La Somalie peut être dangereuse, mais nous sommes ici pour aider des gens qui sont en train de mourir", affirme Maurice Kiboye, responsable des programmes du sud et centre somaliens de l'organisation italienne COOPI.L'agence arrive à distribuer de l'aide alimentaire jusque dans les zones shebab.

"Les communautés locales assurent notre sécurité, sans arme", explique M. Kiboye."Les gens disent aux shebab : +Ils nous donnent seulement de la nourriture, laissez-les travailler+."

En déplacement dimanche à Doloow, la commissaire européenne à l'Aide humanitaire, Kristalina Georgieva, a assuré que "si ces gens (de COOPI) peuvent faire plus, nous trouverons des fonds" pour eux.

"Le temps ne joue pas avec nous", a-t-elle ajouté."Nous devons agir maintenant, pour aider les communautés locales et atteindre ceux qui ont été déplacés."