Arnaud Dassier flingue l'UMP sur Africa N°1

Par La rédaction

Francis Laloupo : Dans une interview au quotidien « Libération » vous avez déclaré, je vous cite : « il n'y a pas de culture démocratique à l'UMP et ce parti est une machine de guerre électorale au service d'ambition personnelle successive » venant de l'ex-directeur de la campagne web de Sarkozy en 2007, le propos est particulièrement édifiant. La question est celle-ci, il vous a fallu 5 ans pour vous rendre compte qu'il n'y avait pas de démocratie au sein de l'UMP ?Arnaud Dassier : J'étais simplement un prestataire ces dernières années. Je n'étais pas un militant actif sur le terrain électoral puisque j'avais renoncé à mes mandats électoraux en 2001 pour me consacrer à ma vie professionnelle et notamment ma vie de professionnelle vis-à-vis de l'UMP qui était l'un de mes clients. Donc c'est vrai que je ne m'intéressais plus beaucoup à la vie démocratique ou pas de l'UMP, à la vie interne de l'UMP ces dernières années. Il y a une véritable trahison, je pèse mes mots, du pacte initial qui était celui de l'UMP que je connais bien puisqu'à l'époque je travaillais pour Alain Madelin qui étais le Président de Démocratie Libéral et il y a eu un débat important chez nous pour savoir s'il fallait rejoindre ou pas l'UMP. Alain Madelin y était opposé mais moi j'y étais favorable avec beaucoup d'autres. Mais ce que l'on nous avait promis à l'époque de la création de l'UMP en 2002 après la victoire de Jacques Chirac c'était que les familles politiques de l'UMP seraient respectées, qu'on leur donnerait les moyens de continuer leur contribution politique et intellectuelle à la vie politique française. En réalité ce qui s'est passé c'est que très rapidement M.Juppé étant devenu le Président de l'UMP, ils ont commencé année après année à réduire les budgets de chacune des familles de courants politiques de l'UMP, le débat a été petit à petit étouffé. Quand Monsieur Sarkozy est devenu le Président, il était tellement populaire et tellement efficace d'un point de vue électoral, tout le monde s'est rallié de bon c�?ur pour le soutenir sans aucun problème. Donc je dirai que cette dimension là a été un petit peu oubliée mais ensuite elle est revenue et bien naturellement elle a été tellement peu satisfaite qu'un certain nombre de courants politiques ont commencé a quitter l'UMP : les chrétiens démocrates, une partie des libéraux, les radicaux plus récemment, une partie des gaullistes avec Dupont-Aignan, donc il y a un vrai problème aujourd'hui, que je dénonce, de manque de vie démocratique à l'intérieur de l'UMP. Il faut revenir à l'esprit des statuts de l'UMP et redonner aux familles qui la composent les moyens d'exister politiquement, de débattre librement sinon elles vont partir les unes après les autres notamment après les élections de 2012. C'est ma prédiction Francis Laloupo : Expliquez-moi cette énigme dans le fonctionnement de l'UMP, on sait qu'après son élection, Nicolas Sarkozy a exigé que le poste qui était le sien (Président de l(UMP) soit supprimé ou gelé, ce qui signifie que lui-même demeure virtuellement Président du Parti. Est-ce qu'un tel dispositif qu'on ne connaissait pas dans la Vème République ne renforcera pas l'image de Nicolas Sarkozy d'éternel candidat plutôt qu'un Président de tous les français ?Arnaud Dassier : Je ne sais pas mais en tout cas cela prouve bien le fait que l'UMP a été transformée en écurie présidentielle, en parti au service d'une ambition personnelle. Quand c'est Nicolas Sarkozy qui est populaire ça ne pose aucun problème, quand il est moins populaire et que commence à se présenter l'élection suivante, je parle de celle de 2017 où il ne sera plus candidat et bien comme le parti a été réduit en écurie présidentielle, les couteaux ressortent et on voit maintenant se positionner les différents concurrents de l'UMP pour 2017. Monsieur Xavier Bertrand va faire son propre club, Monsieur Coppé, Monsieur Fillon�?� qui commence d'ores et déjà à se tirer dans pattes ou à préparer le futur alors que l'élection de 2012 n'est même pas passée. Tout ça ce ne sont plus des divisions de fonds sur les idées et sur les courants politiques bien identifiés parce qu'on les a étouffés à l'intérieur de l'UMP, ça n'est devenu maintenant que des rivalités personnelles ce qui est la pire des manières pour faire de la politique et surtout après 2012 ça ne suffira pas comme ciment pour maintenir l'unité de l'UMP donc je vous fais le pari que l'UMP ne passera pas l'année 2012.Francis Laloupo : Et si Nicolas Sarkozy perdait l'élection ? Arnaud Dassier : Que Nicolas Sarkozy la gagne ou la perde il y a un certain nombre de choses qui vont se passer dans l'UMP, je pense que des gens ne resteront pas dans l'UMP, certains courants de familles politiques auront du mal à rester au sein de l'UMP si elle continue à dysfonctionner comme aujourd'hui, c'est-à-dire à ne pas respecter les partis politiques qui la compose Francis Laloupo : Qu'est-ce que vous pensez de la gestion et des méthodes de Jean-François Coppé Arnaud Dassier : Alors Jean-François Coppé lui, a plutôt essayé de revenir en arrière et a l'esprit initial depuis qu'il est là il y a un retour du débat à l'intérieur de l'UMP. Néanmoins les différentes familles politiques restent malgré tout complètement privées de tous les moyens et c'est assez frustrant. Moi je fais partie de la famille libérale, on s'est réuni au mois de novembre dernier et la plupart des gens qui étaient dans la salle ne sont plus à l'UMP alors qu'ils devraient y être et la tendance c'était plutôt d'essayer d'organiser à nouveau une famille politique libérale en France et à priori pas à l'intérieur de l'UMP. Donc il y a des forces centrifuges qui sont à l'�?uvre et si l'UMP veut éviter d'exploser après l'élection présidentielle à cause de problèmes de leadership qui ne seront pas réglés il vaut mieux qu'elle revienne très vite à l'esprit et aux règles qu'elle s'était elle-même fixé a sa fondation, il y a 10 ans.Ecouter l'interview dans son intégralité :