Burkina: le pouvoir de Compaoré défié par la poursuite des mutineries

Par La rédaction

OUAGADOUGOU (AFP)

Les mutineries de militaires se multiplient au Burkina Faso malgré les concessions financières du pouvoir et la reprise en main affichée par le président Blaise Compaoré, confronté à un défi sans précédent à son autorité.

De mardi soir à mercredi matin, c'est le camp Ouezzin Coulibaly, dans la capitale économique Bobo Dioulasso (sud-ouest), qui est entré dans la danse.Tirs en l'air, pillages de supermarchés et d'échoppes: les militaires du second camp le plus important du pays ont, comme ailleurs, plongé la ville dans la peur.

Neuf personnes ont été blessées, dont certaines par balles, a-t-on appris de source médicale.

Avec cette manifestation, toutes les garnisons sans exception ont désormais été touchées par des mutineries depuis le début du mouvement en mars.

Pendant les seuls dix derniers jours, Ouagadougou et six autres villes ont été le théâtre de protestations de ce genre.

Or, au pouvoir depuis 1987, le président Compaoré, lui-même militaire, est monté en première ligne sur ce dossier, répondant favorablement aux exigences financières des soldats, avec le paiement de primes spécifiques et d'arriérés.

Il a également accédé aux revendications des soldats en démettant les principaux chefs militaires, nommant dans la foulée comme chef d'état-major son ancien aide de camp, le général Honoré Nabéré Traoré.

Chef suprême des armées, M. Compaoré s'est exposé encore davantage en s'octroyant le ministère de la Défense dans le gouvernement formé en avril pour faire face à une crise qui avait fait vaciller son pouvoir: dans la nuit du 14 au 15 avril, une mutinerie de la garde présidentielle l'avait conduit à brièvement quitter son palais.

"On a l'impression que les militaires se sont dit: +l'Etat est affaibli, on peut avoir tout ce qu'on veut avec nos armes+", s'insurge un membre du gouvernement.

Et d'avertir: pour éviter l'"anarchie", l'Etat entend "à un moment prendre ses responsabilités pour éviter qu'un groupe de citoyens ne prennent le pays tout entier en otage".

Certains officiers estiment cependant que les protestataires ne s'en prennent pas aux "fondements" de l'Etat mais veulent faire réparer des "injustices".

"Non, les militaires ne remettent pas en cause l'autorité de l'Etat.Ce sont des revendications corporatistes, même s'il est arrivé que des soldats réclament le maintien ou le départ de tel ou tel gradé qu'ils estiment être à l'origine de leurs problèmes, ce qui n'est souvent pas vrai", avance un officier supérieur.

Mais le quotidien d'Etat Sidwaya, qui n'a pas rendu compte des dernières mutineries, publie depuis mardi des tribunes de citoyens appelant l'Etat "à prendre ses responsabilités" face au "spectacle" d'une "armée qui se désagrège" et "d'un commandement qui lui-même se désintègre".

Pour l'universitaire Fernand Sanou, la situation est d'autant plus sérieuse que les positions des militaires rejoignent celles des civils.

Manifestations d'élèves, de professeurs ou de commerçants, grogne des magistrats: la fièvre est montée dès février dans certaines catégories de la population, bien avant que les hommes en uniforme ne se fassent entendre.

"Tout ce malaise militaro-civil généralisé part de la mal-gouvernance et de la vie chère.Quand les deux se rencontrent, ça devient explosif", met en garde le sociologue.

"Un jour, les militaires vont dire au pouvoir de satisfaire les doléances des civils, ne serait-ce que pour se réconcilier avec eux après ce qu'ils ont fait", prédit-il.