Burundi: les rebelles voulaient déstabiliser le pays

Par La rédaction

Bujumbura (Burundi) (AFP)

Le mystère demeure sur l'identité des rebelles interceptés la semaine dernière par l'armée burundaise.Mais le groupe était composé de Hutu et de Tutsi, une première au Burundi où les deux ethnies se sont longtemps affrontées, et entendait déstabiliser le pays avant des élections clé, selon l'armée.

L'armée, peu diserte depuis que les rebelles se sont infiltrés dans le pays en provenance de la République démocratique du Congo (RDC) voisine, a tenu lundi une conférence de presse dans sa base de Cibitoke, chef-lieu de la province du même nom où les forces de l'ordre ont affronté le groupe pendant cinq jours.

Selon son porte-parole, le colonel Gaspard Baratuza, le groupe comptait s'installer dans la forêt de Kibira, qui partage le Burundi du nord au sud et servait de sanctuaire aux groupes armés pendant la guerre civile (1993-2006) -- notamment à la guérilla hutu en lutte contre l'armée alors dominée par la minorité tutsi.

De là, il entendait "recruter, asséner l'idéologie du mouvement" pour ensuite "passer à des attaques dans tout le pays avant les élections prévues au mois de mai" 2015, a ajouté le colonel.Le Burundi tient en mai et juin des élections générales cruciales, et plusieurs incidents armés ont déjà été signalés.

 

- Les assaillants 'anéantis' -

 

Le colonel Baratuza affirme tirer ses informations de documents saisis sur les rebelles, qui ont été "anéantis": une centaine ont été tués, neuf faits prisonniers.L'armée affirme cependant ne pas en savoir plus l'identité des assaillants, si ce n'est qu'ils étaient tous Burundais.

"Si leurs chefs sont muets, eh bien ce n'est pas à l'armée du Burundi de deviner qui ils sont", a poursuivi le porte-parole de l'armée. 

Selon des sources militaires s'exprimant sous couvert d'anonymat, le groupe -- composé de quelque 200 personnes selon des habitants -- fédérait des Tutsi et des Hutu, un fait inédit dans le petit pays d'Afrique des Grands Lacs.

L'information, confirmée par un journaliste de l'AFP qui a vu les rebelles faits prisonniers, est d'importance: Hutu et Tutsi burundais se sont affrontés pendant des décennies depuis l'indépendance.L'histoire du pays est marquée par de nombreux massacres interethniques, et la guerre civile, de 1993-2006, a laissé de profondes cicatrices et structure encore toute la vie politique.

La zone frontalière où se sont affrontés rebelles et force de l'ordre ces derniers jours a été le théâtre depuis début 2014 de plusieurs incidents impliquant des rebelles burundais en provenance de RDC.

Ces précédentes attaques - toujours de moindre ampleur - ont été systématiquement revendiquées par une branche dissidente des Forces nationales de libération (FNL, ex-rébellion hutu devenue parti d'opposition), elle aussi basée en RDC.

Or les FNL, qui ont elles-mêmes fait l'objet d'une offensive conjointe terrestre et aérienne de l'armée congolaise et de la force de l'ONU en RDC (Monusco) lundi, ont cette fois-ci nié toute implication.

Qui se cache derrière ce mystérieux groupe armé?Qui sont ses combattants et quelles sont leurs capacités opérationnelles?Quels sont leurs appuis au sein de la population burundaise -très majoritairement hutu-, et quelle est leur réelle capacité de nuisance à l'approche des élections générales de mi-2015?

L'incident, qui selon l'armée a fait aussi quatre morts dans le camps des forces de l'ordre (deux militaires, deux civils armés) et au cours duquel des armes (kalachnikovs, lance-roquettes...) ont été saisies, suscite nombre de questions.

Dans cette affaire, opposition et société civile dénoncent aussi le comportement du pouvoir: selon elles, de nombreux rebelles ont été arrêtés, puis exécutés froidement à la machette ou par balle, notamment par les jeunes Imbonerakure, membres de la ligue de jeunesse du parti au pouvoir.

C'est "à la justice du Burundi de s'en occuper s'il y en a eu (des exécutions sommaires)", s'est contenté de dire le porte-parole de l'armée.

Opposition et société civile craignent que l'affaire ne donne une occasion de plus au président Pierre Nkurunziza - chef d'une ex-rébellion hutu - déjà accusé de mettre en pièce l'opposition pour décrocher un nouveau mandat en juin, de faire le vide politique autour de lui.

Recrudescence des violences armées, tensions politiques, musellement de l'opposition, restriction de l'espace public: les prochains mois s'annoncent extrêmement tendus au Burundi, où de nombreux observateurs s'alarment d'une situation explosive.