Côte d'Ivoire: la tension monte entre le camp Gbagbo et l'ONU

28 février 2011 à 17h42 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

La tension est montée lundi entre le camp du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo et l'ONU autour d'une présumée affaire de livraison d'armes, tandis que la situation humanitaire à Abidjan se dégradait après les combats entre forces pro-Gbagbo et insurgés.

A la demande du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le Conseil de sécurité de l'ONU discutait de l'éventualité d'une réunion, après des informations sur la livraison en cours de trois hélicoptères d'attaque du Bélarus et de matériel d'appui à Yamoussoukro (centre) destinés aux forces fidèles à M. Gbagbo.

Mais le Bélarus a démenti toute violation de l'embargo sur les armes décrété en 2004 et dénoncé une "possible campagne destructrice" à son encontre.

Le gouvernement Gbagbo a fustigé un "complot" et un "mensonge pour justifier une attaque" de l'ONU.

Il accuse la mission onusienne dans le pays, l'Onuci, dont il réclame le départ, d'être complice des "rebelles" des Forces nouvelles (FN), alliés à Alassane Ouattara - reconnu chef de l'Etat par la communauté internationale - qui selon lui sont infiltrés à Abidjan.

Le climat demeurait pesant dans la capitale économique avec des tirs sporadiques signalés dans plusieurs quartiers depuis dimanche, y compris dans des zones jusque-là préservées comme le quartier cossu de Cocody (est).

Fief de M. Gbagbo, le populaire Yopougon (ouest) est désormais constellé de barrages de "jeunes patriotes", ses ardents partisans.Parfois armés de machettes et de gourdins, ils exigent de fouiller les véhicules.

Leur chef Charles Blé Goudé a appelé la semaine dernière les jeunes à "s'organiser en comités" pour empêcher "par tous les moyens" l'Onuci de circuler.

Le camp Gbagbo est passé "du harcèlement" contre l'ONU à "l'acte d'hostilité directe", a affirmé lundi à Dakar Choi Young-jin, le chef de l'Onuci.

Selon lui, trois Casques bleus ont été blessés par les forces pro-Gbagbo ce week-end à Abobo, un quartier pro-Ouattara dans le nord d'Abidjan.

 Abobo est devenu la semaine dernière le théâtre d'affrontements à l'arme lourde entre forces pro-Gbagbo et insurgés.

A Abobo, mais aussi dans le quartier voisin d'Anyama, la situation humanitaire devenait de plus en plus inquiétante, sur fond d'exode de la population.

Quelque 3.000 personnes se sont déjà réfugiées dans deux missions catholiques, "dans une promiscuité indescriptible", a déclaré à l'AFP l'abbé Augustin Obrou, porte-parole de l'archevêché d'Abidjan.

Pour ceux qui sont restés chez eux, la vie est de plus en plus pénible, entre coupures d'eau et d'électricité et "problème de nourriture", selon un habitant.

Cependant, alors que le calme est revenu depuis dimanche matin, dans le secteur "PK-18", au coeur de la zone des combats, la vie avait commencé à reprendre son cours lundi, a rapporté une jeune mère restée avec sa famille.

Quelques échoppes avaient rouvert et des enfants jouaient dans les rues, a-t-elle raconté, disant avoir vu dans le secteur des insurgés en armes et munis de gris-gris.

Dans la nuit de samedi à dimanche, le "commando invisible", comme le surnomme la presse ivoirienne, s'en est pris à un symbole du régime Gbagbo, la télévision publique RTI dont le centre émetteur a été endommagé lors de combats, ce qui a coupé le signal hertzien dans la zone d'Abidjan.

La RTI est toutefois parvenue lundi à émettre de nouveau, mais si le son était bon l'image était de très mauvaise qualité.

Engagé dans de rudes combats sur le terrain, le gouvernement Gbagbo a commencé à verser les salaires de février aux fonctionnaires, dont la fidélité lui est vitale.Les agents de l'Etat se pressaient devant les banques publiques lundi, après la fermeture récente des banques internationales, un effet de la crise politique.

La nouvelle médiation africaine prend quant à elle du retard.Un panel de chefs d'Etat devait annoncer au plus tard ce lundi des solutions "contraignantes", mais il a prévu de ne se réunir que vendredi.