Côte d'Ivoire: le camp Gbagbo veut livrer le "combat" contre Ouattara

Par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

Pressé de céder le pouvoir par l'ONU, l'Union africaine, l'Union européenne, les Etats-Unis et la Cédéao, le camp de Laurent Gbagbo reste aux commandes de la Côte d'Ivoire et entend désormais livrer le "combat" contre les partisans de son rival Alassane Ouattara. 

Alors que la crise née de la présidentielle du 28 novembre a déjà débouché jeudi sur des violences meurtrières et des scènes de guerre à Abidjan et dans l'intérieur du pays, Charles Blé Goudé, leader de la jeunesse pro-Gbagbo, a promis que la véritable confrontation allait commencer avec l'autre président proclamé.

"La récréation est terminée !", a affirmé samedi le chef des "jeunes patriotes" et ministre de la Jeunesse de Gbagbo."Nous allons défendre la dignité et la souveraineté de notre pays jusqu'à la dernière goutte de notre sueur", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Je demande à tous les Ivoiriens de s'apprêter à livrer ce combat, on va libérer totalement notre pays", a poursuivi celui qui fut le fer de lance de violentes manifestations anti-françaises en 2003 et 2004, après l'éclatement de la crise causée par le putsch raté de 2002.Charles Blé Goudé est soumis à des sanctions de l'ONU.

 Un rassemblement des "jeunes patriotes" est prévu samedi après-midi dans le quartier pro-Gbagbo de Yopougon à Abidjan.

Côté Ouattara, on n'entend pas non plus relâcher la pression, malgré l'échec d'une tentative de marche sur la télévision d'Etat et le siège du gouvernement, aux mains du camp adverse.

La marche a été réprimée dans le sang jeudi par les forces pro-Gbagbo et le bilan de cette journée se situe entre 11 et une trentaine de morts, manifestants, FN et FDS, selon diverses sources.

Si vendredi les partisans de Ouattara sont restés chez eux, la coalition qui le soutient les a cependant exhortés à demeurer "mobilisés".

Après avoir été vendredi quasiment une ville morte, Abidjan restait calme samedi matin.Certains quartiers populaires comme Treichville (sud) s'animaient peu à peu.Les véhicules circulaient davantage dans les rues et des commerces rouvraient, a constaté l'AFP.

L'heure ne semble plus aux médiations.En visite vendredi dans la capitale économique ivoirienne, le président de la Commission de l'UA, Jean Ping, a simplement "remis" à Gbagbo une lettre lui demandant de quitter le pouvoir, a-t-on appris de source proche de l'UA.

Dans ce message signé de Goodluck Jonathan, chef de l'Etat nigérian, le président en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) appelle le sortant à transférer "immédiatement" le pouvoir à Ouattara, président reconnu par quasiment toute la communauté internationale.

L'Union européenne et les Etats-Unis - qui ont brandi chacun de leur côté la menace de sanctions - ainsi que les Nations unies ont également haussé le ton pour obtenir le départ de Gbagbo.

Nicolas Sarkozy, président de l'ex-puissance coloniale française - qui compte 15.000 ressortissants dans le pays -, a prévenu que Gbagbo devait partir "avant la fin de la semaine".Sinon, il figurera "nommément" avec son épouse Simone sur la liste des personnes visées par des sanctions de l'UE, a-t-il dit.

Face à ces coups de boutoir, le camp Gbagbo, qui n'a de cesse de dénoncer les "ingérences", s'en prend de plus en plus à l'ONU qui déploie dans le pays une mission, l'Onuci, forte de quelque 10.000 Casques bleus.

Il a également décidé d'interdire de parution plusieurs journaux d'opposition depuis vendredi.