Ebola: impréparation espagnole, contrôles renforcés ailleurs

Par La rédaction

Madrid (AFP)

L'inquiétude grandissait jeudi en Europe et dans le monde sur les risques de propagation d'Ebola, au lendemain de trois nouvelles hospitalisations préventives à Madrid, tandis que les contrôles aux frontières commençaient à être renforcés en Amérique du nord.

De nouvelles révélations sur l'impréparation espagnole ont notamment renforcé les craintes sur la découverte de nouveaux cas.

Juan-Manuel Parra, un médecin urgentiste de 41 ans, a décrit par le menu dans un rapport révélé jeudi par deux journaux la journée infernale qu'il a vécue en portant assistance à l'aide-soignante, sans protection suffisante, avant d'apprendre, par la presse, qu'un test réalisé dans un laboratoire spécialisé l'avait révélée positive au virus Ebola.

Il a été hospitalisé mercredi soir à l'hôpital Carlos III de Madrid, qui accueille tous les malades d'Ebola, par "précaution" vu son exposition directe, de même qu'une femme, également médecin, qui avait aussi examiné l'aide-soignante le 29 septembre et un infirmier.Au total six personnes sont hospitalisées, mais seul un cas est avéré, celui de Teresa Romero.

- Sonnette d'alarme -

 

Pendant ce temps l'Europe commençait à se mobiliser, constatant, comme un diplomate européen, que le cas espagnol montre qu'il y a bien eu un hiatus dans les mesures de sécurité, "qui doit faire retentir la sonnette d'alarme". 

"La majorité des grands pays se sont dotés des dispositifs requis, mais les mailles du filet restent trop lâches pour exclure les erreurs en chaîne", a estimé le professeur Nathan Clumeck, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital de référence à Bruxelles.

Outre-Atlantique, Washington et Ottawa ont annoncé le renforcement du contrôle des voyageurs en provenance des pays africains touchés par Ebola, qui a fait près de 3.900 morts et tué mercredi un patient au Texas.La méthode retenue est celle d'une prise de température des voyageurs à risque. 

"Pourquoi la Grande Bretagne ne testerait pas les passagers pour Ebola?", s'interrogeait jeudi le Daily Mail à Londres, alors qu'un parlementaire Keith Vaz, dirigeant la commission des affaires intérieures, a appelé le gouvernement à investir pour améliorer les contrôles des passagers au départ des zones touchées.

En France, la ministre de la Santé Marisol Touraine a déclaré qu'elle travaillait aussi "avec les autorités des pays concernés - qui sont des autorités souveraines - pour voir dans quelles conditions nous pourrions renforcer les contrôles au départ".

Par ailleurs les arrivées de malades continuent quotidiennement, avec celle en Allemagne d'un Soudanais, employé de l'ONU et admis dans une clinique de Leipzig, a précisé le ministère de la Santé du Land de Saxe.

D'après la presse espagnole, Madrid aurait admis auprès d'experts de l'Union européenne un certain "relâchement" des procédures appliquées contre le virus, notamment dans la manipulation des cadavres et l'élimination des déchets.

L'aide-soignante elle-même a cru se souvenir qu'elle avait pu toucher son visage avec des gants infectés accidentellement, alors qu'elle retirait sa combinaison après avoir pris des effets de la chambre d'un missionnaire qui a succombé à la fièvre hémorragique le 25 septembre.

Mais le témoignage du médecin qui l'a assistée semble renforcer l'idée que l'ensemble du système de prise en charge d'Ebola en Espagne est à revoir.

Selon le docteur Juan Manuel Parra, lorsqu'il a pris son service dans l'hôpital d'Alcorcon où l'aide-soignante a été amenée - au lieu d'être hospitalisée directement à Carlos III, l'hôpital de référence -  elle présentait déjà les premiers symptômes: éruptions cutanées sur le torse et l'aine, une myalgie (douleurs musculaires) et toux.

Lui et des infirmiers entrent dans la chambre avec des combinaisons de protection de base: une blouse imperméable, des doubles gants, une cagoule et un masque chirurgical.

"Les manches étaient trop courtes pour moi tout le temps" et une partie des poignets est restée à découvert, écrit-il.

Au fil des heures l'état de santé de Teresa Romero se détériore brutalement.Mais c'est par la presse que le docteur apprend le résultat du test, positif pour Ebola.

Il utilisera ensuite un équipement "de meilleur niveau de protection fourni par l'hôpital".A partir de 18H00, Juan Manuel Parra demande le transfert de la patiente à l'hôpital La Paz-Carlos III.  Il décrit un état de santé "instable, avec un haut risque de complication et la nécessité d'une attention permanente avec des diarrhées, expectorations, vomissement et la présence de menstruation de la patiente".Toutefois, selon lui, ce n'est qu'à minuit qu'arrivera enfin l'ambulance pour la transporter. 

Inquiet, le médecin a été hospitalisé par précaution, comme une autre médecin l'ayant examinée.Jeudi six personnes étaient encore hospitalisées, dont un seul cas était confirmé, celui de Teresa, et deux autres présentaient des symptômes. 

L'inquiétude devant la progression du virus a d'ailleurs aussi gagné le monde du football en Espagne, où des craintes au sein du Rayo Vallecano ont poussé Lass Bangoura, attaquant guinéen de ce club de Liga, à abandonner sa sélection en Afrique et à regagner Madrid en catastrophe.