Egypte: la police, honnie mais indispensable, dilemme du nouveau pouvoir

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Honnie par une large part de la population, décriée par les défenseurs des droits de l'Homme, mais en même temps suppliée d'enrayer une criminalité croissante, la police égyptienne pose un grave dilemme au nouveau pouvoir dirigé par les militaires.

Les limogeages dans la haute hiérarchie policière et la dissolution de la Sécurité de l'Etat -police politique tentaculaire et redoutée- alternent avec les appels pour que les policiers reprennent le travail sans être montrés du doigt ou pris à partie.

Quatre mois après la chute du régime de Hosni Moubarak, un fait divers récent -la mort d'un chauffeur de minibus décédé après une altercation avec un policier au Caire- a fait ressurgir les polémiques du passé.

La polémique entre la version du pouvoir -favorable au policier- et celle des militants des droits de l'Homme -qui accable les forces de l'ordre- rappelle davantage le climat prévalant sous le régime déchu, que l'ère nouvelle de respect des droits et de transparence promise.

Selon le ministère de l'Intérieur, le conducteur aurait sorti une arme blanche et aurait été tué par la foule qui entendait protéger le policier.Des militants des droits de l'Homme affirment en revanche que le chauffeur a été conduit dans un commissariat, où il aurait été battu avant de mourir à l'hôpital.

Discréditée aux yeux d'une vaste partie des Egyptiens pour sa brutalité sous M. Moubarak et pour son rôle dans la répression du soulèvement du début de l'année, la police a largement déserté les rues après la chute du régime.

Son retour se fait de manière progressive et timide, souvent avec l'aide de la police militaire reconnaissable à ses bérets rouges, mieux considérée par la population.

Mais de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer sa passivité face aux criminels, ainsi que la menace, quand elle agit, de voir se reproduire les méthodes du passé -abus de droit, violences, tortures, impunité etc.-

L'écrivain Alaa al-Aswani, auteur du best-seller "L'immeuble Yacoubian", a dénoncé cette situation dans un article choc publié par le quotidien Al-Masry al-Youm, sous le titre "Qui peut sauver l'Egypte des hommes de la police?".

"Les voyous et les criminels relâchés des prisons (durant la révolte) attaquent les citoyens, et les policiers se contentent de regarder comme s'ils voulaient dire aux Egyptiens: +Vous avez voulu faire la révolution contre la répression policière, et bien maintenant oubliez la police et défendez-vous vous-mêmes", écrit-il.

Hossam Bahgat, directeur de l'Initiative égyptienne pour les droits individuels, une des principales ONG égyptiennes, a souligné le défi de bâtir un Etat de droit en héritant d'une police qu'il faut réformer et purger, mais aussi mobiliser et remettre en confiance.

"Il ne faut pas minimiser les crimes de la police", mais "nous devons traiter ce problème sans saper les bases de l'Etat de droit et de la société démocratique", affirme-t-il dans le journal Al-Chorouq.

L'organisation américaine HRW a également appelé le pouvoir égyptien à engager des réformes "pour être sûrs que les exactions commises par le passé par les services ne se reproduiront pas".

Le ministre de l'Intérieur, Mansour el-Issawi, a semblé vouloir ménager tout le monde, dans une récente interview à la radio.

Le ministre a assuré que "des mesures fermes seront prises à l'encontre des policiers qui ne font pas leur travail", en référence aux innombrables témoignages d'agents de police restant bras croisés face aux infractions et aux délits.

Dans le même temps, il s'est employé à redonner confiance à ses troupes, en promettant des centaines de voitures de police neuves et de meilleurs salaires.