Gabon: Bongo juge "ridicule" Mba Obame qui continue à le défier

Par La rédaction

TCHIBANGA (Gabon) (AFP)

Le président gabonais Ali Bongo Ondimba a jugé "ridicule" jeudi l'autoproclamation comme président de l'opposant André Mba Obame, réfugié dans une agence onusienne et dont les partisans ont été dispersés à l'aube.

"Je préfère être un +amateur+ de la politique qu'un professionnel du ridicule", a lâché Ali Bongo lors d'une conférence de presse à Tchibanga (sud-ouest), où il avait présidé plus tôt un conseil des ministres décentralisé.

"Vous avez devant vous le président de la République gabonaise, les Gabonais attendent de lui qu'il fasse un certain travail, et au terme de son mandat, les Gabonais estimeront, eux seuls, s'il doit ou non partir", a-t-il dit, en achevant sa rencontre avec la presse par des questions d'ordre économique.

Après être passé en 2010 d'un taux de croissance de -2% à 5,5%, le Gabon entend atteindre cette année au moins le même chiffre, a-t-il notamment affirmé.

En ne modifiant d'aucune manière son agenda et le déplacement du gouvernement, Ali Bongo, qui a reçu le soutien de la communauté internationale (Union africaine, CEEAC et France notamment), a sans doute voulu envoyer un signal montrant qu'il ne s'inquiétait pas de la contestation d'André Mba Obame, qui continue à le défier en mettant en cause sa légitimité.

"C'est un caillou dans la chaussure d'Ali et un caillou dans la chaussure, ça énerve et ça fait mal, mais ça n'inquiète pas", a estimé une source diplomatique à l'AFP jeudi.

Jeudi à l'aube, les forces de l'ordre ont dispersé la centaine de sympathisants pro-Mba Obame qui se trouvaient devant le siège du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à l'intérieur duquel est réfugié l'opposant.

Selon le camp de Mba Obame, l'intervention serait l'oeuvre de la gendarmerie mais aussi de "Bérets rouges (parachutistes)", et s'est soldée par des arrestations.L'intervention de l'armée n'a pu être confirmée par un journaliste de l'AFP qui s'est rendu sur les lieux.

Le ministère de l'Intérieur a reconnu des "interpellations".

Selon une source hospitalières, "plusieurs blessés" ont été à l'hôpital mais ont pu regagner leur domicile.Une personne nécessitait des soins "pour une pathologie antérieure à l'intervention" des forces de sécurité.

"Ce genre d'actes entraînent souvent des conséquences incalculables.C'est un comportement similaire qui avait déclenché des émeutes à Port-Gentil" (ouest), a commenté Mba Obame, qui revendique la victoire à la présidentielle d'août 2009 après le décès d'Omar Bongo, père d'Ali Bongo dont il se réclame aussi héritier politique.

Après un long contentieux, Ali Bongo avait été proclamé élu en octobre 2009 avec 41,79% des voix devant Pierre Mamboundou (25,66%) et Mba Obame (25,33%).

En septembre 2009, des violences post-électorales à Port-Gentil avaient fait 3 morts selon le pouvoir, au moins 5 selon l'opposition.

"Les pitreries d'André Mba Obame et sa compagnie ne font pas rire, et leur imposture est une anarchie dont l'objectif est de ruiner la stabilité du pays.Bien sûr, on imagine que les auteurs de ces enfantillages voudraient se rendre martyrs, être traduits en justice pour prétendre être des héros", écrit le quotidien étatique Gabon Matin.

Ex-ministre d'Omar Bongo et professeur d'université, Anaclé Bissielo estime: "Les éléments qui faisaient craindre une crispation à la mort d'Omar Bongo sont à nouveau là.Mba Obame l'a compris et veut sans doute surfer dessus".

"Les gens bougent-ils parce qu'ils ont faim ou parce qu'ils ont des aspirations politiques?On ne peut pas dissocier les deux", souligne-t-il

L'Observatoire national de la démocratie, fondée par des responsables d'ONG et personnalités de la société civile pour superviser l'élection de 2009, a appelé à "l'ouverture d'un dialogue national" estimant que "toute autre option ne sera que suicidaire".