Ghana: le navire argentin patiente à quai sous le regard intrigué des travailleurs du port

Par La rédaction

TEMA (Ghana) (AFP) - (AFP)

Sur le quai animé de l'un des plus grands ports du Ghana, pêcheurs et manutentionnaires observent, intrigués, le majestueux trois-mâts argentin retenu depuis dix jours, otage d'un vieux différend entre Buenos Aires et les créanciers privés de la dette argentine.

La frégate, dont la libération a été refusée jeudi par le tribunal de commerce d'Accra, patiente avec son équipage et crée de l'animation dans le port ghanéen, alors que l'affaire prend une tournure diplomatique, deux vices- ministres argentins étant attendus à Accra.

"Je n'avais jamais vu ce genre de bateau avant," observe Sadick Mohammad, qui s'affaire sur un chalutier amarré à côté de la frégate dans le port de Tema, à 25 km à l'est d'Accra.

"C'est un bateau de l'ancien temps," ajoute-t-il, impressionné, en regardant les mâts qui s'élèvent à plus de 50 mètres au-dessus du pont.

Le navire-école de la marine argentine a fière allure avec sa coque blanche, a milieu des bateaux de pêches, des containers rouillés et des pots d'échappement des camions du port.

L'équipage de 200 membres, majoritairement argentins, compte aussi des ressortissants de plusieurs pays sud-américains et au moins 1 Sud-africain, selon l'armée argentine.

Les marins sont autorisés à quitter le navire et ils peuvent circuler librement, mais ils se mélangent peu aux Ghanéens du port, selon Sadick Mohammad.

"Non, non,non, je ne leur parle pas," dit-il.

Abdul Wahab, un conducteur de camion, raconte que chaque jour, des navettes vont et viennent avec les marins.Un des chauffeurs de bus lui a confié les déposer au très chic hotel Labadi d'Accra.

Jeudi après-midi, un autre chauffeur, Joseph Sacquah, s'apprêtait à déposer des marins dans le centre commercial de la capitale ghanéenne.

D'autres font les cent pas sur le pont, ou font passer le temps en faisant de la corde à sauter.

Le "ARA Libertad", qui se trouvait en Afrique de l'Ouest pour une mission d'entraînement, est retenu depuis le 2 octobre sur ordre d'un tribunal ghanéen suite au recours du fonds spéculatif NML, porteur de titres de dette argentins.

Selon l'Argentine, NML a commis une erreur devant la justice ghanéenne en violant la Convention de Vienne, son bâtiment militaire jouissant d'une immunité diplomatique.Mais selon le tribunal de commerce d'Accra, l'Argentine avait déjà levé cette immunité en contractant sa dette auprès du fonds NML.

Buenos Aires a réécheloné ou remboursé 93% de sa dette, la plupart des 7% restants étant entre les mains de fonds spéculatifs souvent qualifiés de "fonds vautour".

Dans des documents provenant du tribunal ghanéen, NML réclame plus de 370 millions de dollars (285 millions d'euros) à l'Argentine.

NML a gagné deux procès contre Buenos Aires, à New York en 2006 puis devant la court suprême britannique en 2011, ces deux tribunaux ayant considéré l'immunité de l'Argentine comme invalide.

L'Argentine a pour l'instant remboursé la pacotille de 270 000 dollars (208 000 euros) en août dernier, dit le document.

Selon l'avocat ghanéen de NML, Ace Ankomah, le Libertad peut être libéré "demain" si l'Argentine rembourse 20 millions de dollars (15,4 millions d'euros), mais Buenos Aires ne semble pas avoir l'intention de payer.

Dans un communiqué, le ministère argentin de la défense accuse le Ghana de mettre en jeu sa responsabilité internationale en détenant le navire militaire et annonce que les vice-ministres de la Défense et des Affaires étrangères vont être envoyés au Ghana pour négocier.

A Tema, où quelques marins improvisent une partie de football, seules quelques cordages retiennent le Libertad au quai.Pas un seul vigile ghanéen en vue pour surveiller le bateau.

Mais tenter de fuir sans autorisation serait une erreur, estime Ramadan Adjin-Tettey, un superviseur du port spécialiste en hydrographie, les navires ne pouvant quitter Tema sans l'escorte d'une annexe.

"Ils ne sont pas familiers de ce terrain-là", dit-il.