Grève à Air Algérie: le gouvernement s'en mèle, des avions affrétés

Par La rédaction

ALGER (AFP) - (AFP)

La grève à Air Algérie est entrée jeudi dans sa quatrième journée mais le gouvernement a réagi en pressant au dialogue dans le "respect strict de la loi" et affrétant des avions pour calmer la colère de milliers de vacanciers d'origine algérienne bloqués en Europe.

Dans une première déclaration sur cette crise, le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia a annoncé jeudi que son équipe avait donné des instructions pour "l'affrètement d'un plus grand nombre d'avions" pour acheminer les voyageurs.Le gouvernement "a accompli son devoir", a-t-il souligné, cité par l'agence APS.

M. Ouyahia a également appelé à l'ouverture du dialogue entre les 900 stewards et hôtesses de l'air en grève et la direction d'Air Algérie, "dans le cadre du respect strict de la loi".

"Il n'y a pas lieu de prendre l'Etat et les citoyens comme otages", a-t-il ajouté en marge de la clôture de la session de printemps du Conseil de la Nation (Sénat).

 Le PDG d'Air Algérie Mohamed Salah Boultif s'est déclaré au même moment à la radio "ouvert au dialogue" si le personnel reprend le travail."Tout est discutable, même pour le personnel licencié", a-t-il déclaré.

Il n'a pas précisé le nombre d'hôtesses de l'air et stewards licenciés.La presse les situe entre 20 et 46 sur 900.

M. Boultif a regretté que d'ultimes discussions durant la nuit n'aient rien donné car les grévistes "maintiennent leur position initiale des 106%" d'augmentation.Il ne leur propose, eu égard à la situation financière de la compagnie, que 20%.

Les contestataires veulent aussi le même statut que les pilotes, ce qui accroîtra leur revenu notamment par un autre système de calcul des heures supplémentaires.

Dans un texto envoyé jeudi matin à l'AFP, le président du syndicat Yassine Hamamouche écrivait: "Les négociations n'ont pas abouti.La grève est maintenue".

Le gouvernement était jusqu'à présent resté discret sur cette grève qui fait la une de toute la presse nationale, le ministre des Transports Amar Tou jugeant mercredi soir son timing "pas fortuit" et accusant les grévistes de "hogra (mépris) envers nos compatriotes".

 Jeudi, les six vols d'Air Algérie prévus au départ d'Orly (sud de Paris) ont été annulés, tout comme deux vols au départ de Roissy (nord de Paris), selon une source aéroportuaire.Même chose pour cinq des six vols prévus à Marseille (sud) et quatre à Lyon (centre).

Légère embellie toutefois, un avion turc affrété par Air Algérie a décollé d'Orly et devait acheminer à Alger 326 passagers "prioritaires".Un autre avion devait décoller à 12H00 GMT pour Tlemcen (ouest), avec une centaine de passagers.Air France a également mis à disposition un avion prévu pour 14H00 GMT à Orly.A l'aéroport de Toulouse-Blagnac, deux vols d'Air Algérie étaient prévus vers Oran et Alger.

A l'aéroport d'Alger, le directeur général Tahar Allache a fait état de la présence "de monde, mais pas de pagaille"."La majorité des voyageurs sont des Algériens qui reviennent de France" pour les vacances d'été.

"Si on était en août ce serait la vraie pagaille", a-t-il expliqué.

Air Algérie, qui assure quotidiennement entre 13 et 14 vols, traverse une zone de turbulences.Son PDG Abdelwahid Bouabdallah a été remplacé en juin par M. Boultif, un responsable expérimenté de la compagnie, après une première grève du personnel navigant.

L'entreprise est également menacée de liste noire pour non conformité de l'entretien de sa flotte de 42 appareils, bien qu'elle ait acquis depuis 2010, onze avions de nouvelle génération.

Avec près de 3,5 millions de passagers estimés par an, Air Algérie occupe la 4e place en Afrique derrière Egypt Air, South African Airways et Royal Air Maroc, selon Bloomberg.

L'Algérie est secouée par une série de grèves et de manifestations quotidiennes à la fois sociales et politiques depuis des émeutes début janvier contre la cherté de la vie, qui ont fait cinq morts et plus de 800 blessés.