L'Afrique australe se penche une nouvelle fois sur la situation au Zimbabwe

Par La rédaction

JOHANNESBURG (AFP)

Les dirigeants d'Afrique australe devaient adopter samedi à Johannesburg une "feuille de route" devant conduire à de nouvelles élections au Zimbabwe, obligeant le camp du président Robert Mugabe à attendre un peu avant d'aller aux urnes.

M. Mugabe, 87 ans, est le plus vieux dirigeant africain en poste.Au pouvoir depuis l'indépendance de son pays en 1980, il a dû toutefois se résigner à partager le pouvoir il y a deux ans avec son principal rival, Morgan Tsvangirai, pour éviter la guerre civile.

Leur alliance contre nature au sein d'un fragile gouvernement d'unité nationale ne devait théoriquement être que temporaire, le temps notamment d'adopter une nouvelle Constitution garantissant les libertés publiques avant d'aller aux urnes.

Mais la rédaction de la nouvelle loi fondamentale a pris un an de retard, essentiellement à cause de troubles fomentés par la Zanu-PF, le mouvement de Robert Mugabe.

La "troïka", l'organe de sécurité de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), avait appelé fin mars à Livingstone (Zambie) à mettre fin aux violences politiques qui ont accompagné ce processus de rédaction de la Constitution, à renoncer à toute intimidation et à respecter les libertés fondamentales.

Si M. Mugabe n'était pas cité, il était directement visé, les points que mentionnait la troïka se faisant assez exactement l'écho des préoccupations de Morgan Tsvangirai.

La troïka devait présenter samedi soir un rapport aux leaders des quinze pays du bloc régional, qui devraient affirmer à nouveau la nécessité d'adopter une nouvelle Constitution avant d'envisager l'organisation d'élections.Celles-ci ne pourraient donc pas avoir lieu avant l'année prochaine, voire la suivante.

Une bonne partie du camp de Robert Mugabe réclame cependant toujours la tenue d'élections avant la fin de cette année.

Vendredi soir à Pretoria, le vieux président, qui a d'ores et déjà annoncé qu'il serait candidat, a rencontré pendant trois heures son homologue sud-africain Jacob Zuma, qui joue le rôle de médiateur de la SADC pour la question zimbabwéenne.

Rien n'a filtré, mais le journal zimbabwéen (pro-Mugabe) The Herald écrit samedi que "La Zanu-PF insiste sur le fait que, si le programme de la feuille de route peut être rempli en 2011, les élections doivent avoir lieu cette année".

Mais des dirigeants de son parti, comme le ministre de la Justice Patrick Chinamasa et le gouverneur de la banque centrale Gideon Gono, se sont publiquement interrogés sur la pertinence d'élections rapides, une prise de distance d'autant remarquée que les voix discordantes sont rares au sein de la Zanu-PF.

Des responsables ont fait remarquer que les listes électorales ne seront jamais mises à jour à temps: un tiers des inscrits actuels seraient morts!

Quant au ministre des Finances Tendai Biti --qui appartient au camp Tsvangirai--, il dit qu'il n'a pas d'argent pour organiser un scrutin tout de suite.

"Un petit groupe au sein de la Zanu-PF veut des élections tant que Mugabe est encore là comme la figure unificatrice.Ils savent que (...) sans lui ils sont fichus", estime Takavafira Zhou, politologue à l'Université d'Etat de Masvingo (sud du Zimbabwe).

Des médiateurs sud-africains ont récemment fait part de leurs préoccupations sur la santé de Robert Mugabe et évoqué sa succession à la suite d'informations sur une opération d'un cancer de la prostate à Singapour au début de l'année.

Le vieux chef de l'Etat a démenti et répondu qu'il comptait vivre au moins cent ans.

Le sommet de la SADC, qui devait également examiner la situation à Madagascar, devait débuter à 17H00 (15H00 GMT).