L'Union Africaine durcit le ton sur le Mali

Par La rédaction

ADDIS ABEBA (AFP) - (AFP)

L'Union africaine (UA) a exigé samedi à Addis Abeba une accélération de la transition politique au Mali, où les insurgés islamistes menacent l'intégrité du pays, tandis que les présidents des deux Soudans ont discuté directement pour la première fois depuis les combats frontaliers de mars-avril.

Une autre crise sur le continent, une rébellion dans l'est de la République démocratique du Congo, devait pour sa part être examinée lors d'une réunion régionale dimanche dans la capitale éthiopienne, en marge du premier jour du sommet semestriel de l'UA.

En préparation de ce sommet, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA réuni samedi à Addis Abeba a "demandé la fin des interférences inacceptables de la junte militaire (au Mali) et de ses soutiens civils dans la gestion de la transition, et la dissolution effective" de la dite junte, qui avait pris le pouvoir le 22 mars à Bamako.

Le CPS a également demandé au président malien de transition Diancouta Traoré et au Premier ministre Cheick Modibo Diarra "d'entamer les consultations nécessaires avec les partis politiques maliens et la société civile afin de former un gouvernement élargi d'unité nationale", selon les conclusions de la réunion, lues par le commissaire de l'UA à la paix et à la sécurité, Ramtane Lamamra.

Les chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest avaient déjà exigé samedi dernier un "gouvernement d'union nationale" au Mali d'ici au 31 juillet, sous peine de sanctions.

Ce durcissement de ton illustre l'impatience des capitales africaines face à la lenteur à faire avancer une transition permettant de tourner définitivement la page du coup d'Etat du 22 mars, alors même que plusieurs mouvements insurgés islamistes ont mis à profit cette désorganisation pour prendre le contrôle des principales villes et régions du nord du pays.

"L'unité nationale et l'intégrité territoriale du Mali ne peuvent faire l'objet d'aucune discussion ou négociation", a rappelé le CPS, soulignant la "détermination de l'Afrique de n'épargner aucun effort pour leur préservation".

Les présidents du Soudan du Sud et du Soudan, qui venaient de participer à cette réunion du CPS, se sont pour leur part retrouvés ensuite pour une heure de discussion dans un hôtel de la capitale éthiopienne, à l'issue de laquelle ils se sont serré la main, a constaté un journaliste de l'AFP.

Cette rencontre, sans déclaration à la presse, est la première entre Salva Kiir et Omar el-Béchir depuis de violents combats frontaliers ayant opposé leurs armées il y a moins de trois mois.

Le Conseil de paix et de sécurité de l'UA a exhorté les deux voisins à résoudre leurs différends d'ici le 2 août, date butoir fixée par la communauté internationale, "sur toutes les questions en suspens notamment la sécurité, le pétrole (...), les frontières, le statut de (leurs) ressortissants et le statut final de (la zone contestée de) Abyei".

Sommet extraordinaire sur la RDC

Une mutinerie menée ces derniers mois par le mouvement rebelle dit "Mouvement du 23 mars" (M23) contre les forces armées congolaises dans l'est de la RDCongo va pour sa part être examinée dimanche par les chefs d'Etat des pays de la région des Grands Lacs, a indiqué M. Lamamra.

Kinshasa, s'appuyant sur un rapport de l'ONU en ce sens, accuse Kigali de soutenir ces mutins, ce que le gouvernement rwandais dément.

Le président congolais Joseph Kabila est en route pour Addis Abeba, et des sources à Kigali ont fait savoir que son homologue rwandais Paul Kagame devrait également être présent dans la capitale éthiopienne.

Vendredi, une source à la présidence congolaise avait indiqué qu'une rencontre entre les deux chefs d'Etat dans la capitale éthiopienne "n'était ni prévue, ni exclue".

Le sommet extraordinaire de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs (CIRGL) convoqué dimanche a été précédé mercredi par une réunion des ministres des Affaires étrangères de cette organisation.

Les ministres avaient alors appelé tous les groupes armés de l'est de la RDC, y compris le M23, à cesser leurs activités et avaient demandé aux Etats membres de ne leur apporter aucun soutien.

Le sommet de l'UA va enfin consacrer dimanche sa première journée à tenter de trancher un différend vieux de six mois sur le choix d'un président pour l'organe clé de l'institution continentale, la Commission.

 Les relations se sont détériorées au sein de l'UA depuis l'échec d'un précédent sommet, en janvier à Addis Abeba, à départager le président sortant de la Commission, le Gabonais Jean Ping, et la ministre sud-africaine de l'Intérieur, Nkosazana Dlamini-Zuma.