La révolte tunisienne véhiculée par les médias inspire les autres Arabes

Par La rédaction

DUBAI (AFP)

Le soulèvement tunisien est suivi jour après jour sur la Toile et dans les médias dans les pays arabes où les images de cette révolte pourraient constituer une source d'inspiration pour des populations elles-mêmes en quête de réformes, selon des experts.

"Le soulèvement tunisien inspire les autres peuples arabes, et les médias, notamment les télévisions satellitaires comme Al-Jazira et Al-Arabiya, y jouent un rôle", déclare à l'AFP l'universitaire émirati Abdel Khaleq Abdallah.

Par leur couverture, "les médias encouragent les Arabes qui aspirent à des réformes et sont exaspérés par l'injustice", des facteurs symptomatiques du malaise social, économique et politique à l'origine de la révolte en Tunisie, ajoute-t-il.

"Mais inspiration ne veut pas dire contagion", souligne cet expert après la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, malgré les similitudes entre la Tunisie et d'autres pays arabes qui "souffrent du chômage, de la corruption et de la pression sécuritaire".

Sur les 300 millions d'habitants que compte le monde arabe, quelque 50 millions sont confrontés au chômage, ce fléau qui avait poussé le jeune Tunisien Mohamed Bouazizi à s'immoler par le feu le 17 décembre à Sidi Bouzid (centre), provoquant ainsi l'étincelle de la révolte, a-t-il averti.

Ce jeune chômeur tunisien, dont l'acte de désespoir a été largement relayé sur internet, "a créé un mode de protestation qui, véhiculé par les médias, a été aussitôt suivi notamment en Algérie, en Egypte et en Mauritanie", a noté l'analyste saoudien Jamal Khashoqgi.

Signe du rôle joué par les médias, le régime de Ben Ali avait, aux premiers jours de la révolte, accusé des médias étrangers, dont Al-Jazira, d'exagérer le mouvement social en Tunisie.

"Les Tunisiens, dont la colère a conduit à l'explosion, continuent à utiliser les réseaux sociaux sur l'internet et les médias pour obtenir un démantèlement du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de Ben Ali", afin de rompre avec le passé, a-t-il ajouté.

Redoutant l'impact de cette révolte, certains régimes arabes tentent désormais d'ouvrir des canaux de communication avec leur opposition, a-t-il indiqué citant le Yémen où se sont multipliées les manifestations de solidarité avec le peuple tunisien.

L'expert tunisien en communication Larbi Chouikha souligne quant à lui le rôle primordial joué par les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter.

C'est grâce à ces réseaux "que des jeunes en Tunisie et dans la diaspora ont réussi pour la première fois à transposer la Tunisie verrouillée sous ben Ali vers une autre Tunisie: la Tunisie réelle", dit-il.

Jusqu'à la chute de Ben Ali, le 14 janvier, "les chaînes satellitaires puisaient leurs informations et leurs vidéos dans le réseau Facebook, qui a déclenché une prise de conscience et a favorisé la circulation de l'information" sur le mouvement social, a-t-il rappelé.

"Al-Jazira et Al-Arabiya, les chaînes les plus suivies dans le monde, véhiculent ce message: que les peuples prennent en charge leur destin mais de manière pacifique", a-t-il estimé.

Mais pour l'universitaire algérien Sadok Rabah, basé aux Emirats arabes unis, les deux chaînes ont des "lignes éditoriales différentes" qui s'expriment dans leur couverture des événements en Tunisie.

La première est "accusée d'être un porte-voix des islamistes" alors qu'"Al-Arabiya n'est pas très appréciée car elle avait été lancée (en 2003) pour contrecarrer Al-Jazira", sept ans après les débuts de cette dernière, a-t-il rappelé, dénonçant "une dramatisation" de l'actualité par certains médias "pour vendre".