Le Nigeria ouvre une enquête après un bombardement qui a fait 70 morts

19 janvier 2017 à 15h47 par La rédaction

Maiduguri (Nigeria) (AFP)

Le Nigeria a ouvert une enquête jeudi pour déterminer les circonstances du bombardement accidentel qui a fait au moins 70 morts près d'un camp de déplacés dans le nord-est du pays, où les opérations pour secourir les blessés se poursuivent depuis deux jours.

L'armée de l'air nigériane a annoncé avoir formé un comité d'enquête chargé de déterminer "les causes" et "les circonstances" de cet évènement tragique, afin "d'empêcher que cela ne se reproduise".

Une liste de 20 témoins a déjà été établie, et le comité, composé de hauts responsables militaires, devra présenter son rapport au plus tard le 2 février, a indiqué l'armée dans un communiqué.Aucun journaliste n'a été autorisé à se rendre sur les lieux.

Mardi, deux bombes ont été larguées successivement, alors que des humanitaires distribuaient de la nourriture à Rann, localité proche du Cameroun où près de 40.000 personnes ont trouvé refuge après avoir fui les violences du groupe islamiste nigérian Boko Haram.

Au moins 70 personnes ont été tuées, parmi lesquelles six volontaires de la Croix-Rouge locale, et plus de cent blessées, selon un bilan du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).Ce bilan pourrait encore s'alourdir.

"La première bombe est tombée à 12h35 (...) Cinq minutes plus tard, l'avion a fait une seconde rotation et a largué une deuxième bombe", a déclaré Alfred Davies, coordinateur terrain pour Médecins sans frontières (MSF) au Nigeria, qui se trouvait sur place.

Alfred Davies n'a "pas vu l'avion", mais il affirme que "les bombes ont été lâchées sur des maisons" dans le centre-ville de Rann. 

"Ceux qui faisaient la queue à cette heure-là pour recevoir des biens de première nécessité comme des nattes et des couvertures n'étaient pas dans le centre-ville et ont échappé aux bombes", a-t-il dit.

"Ce que j'ai vu est indescriptible", a-t-il déclaré."Certains avaient les os brisés et les chairs déchirées, les intestins qui pendaient au sol.J'ai vu des corps d'enfants coupés en deux".

"Les tentes étaient littéralement jonchées de blessés, on ne pouvait pas circuler.Beaucoup d'entre eux étaient à l'extérieur, allongés sur des nattes sous des arbres", a ajouté M. Davies.

- 'Peur et incertitude' -

Au lendemain de la catastrophe, une soixantaine de blessés, dont une majorité d'enfants, ont été évacués par hélicoptère vers la capitale régionale, Maiduguri, a indiqué le Bureau des Nations unies pour les Affaires humanitaires (Ocha).

Mais les opérations de secours sont extrêmement compliquées dans cette région isolée où de nombreux combattants islamistes sont encore retranchés.

L'armée nigériane mène une guerre quasiment à huis clos contre Boko Haram.Depuis 2009, date du début de l'insurrection armée du groupe islamiste, le conflit a fait plus de 20.000 morts et plus de 2,6 millions de déplacés.

Jusqu'à très récemment, les agences d'aide locales et internationales n'avaient pu se rendre à Rann en raison notamment des mauvaises routes et de l'insécurité, bien que les populations de manquent de tout, et principalement de nourriture.

MSF et la Croix-Rouge nigériane étaient sur place depuis moins d'une semaine. 

"Cet épouvantable incident (...) a instillé la peur et l'incertitude au sein des organisations humanitaires" présentes dans le nord-est, a affirmé sous couvert d'anonymat un travailleur humanitaire à Maiduguri. 

"Beaucoup d'organismes d'aide préféreront dorénavant opérer dans des endroits plus sûrs", au risque de laisser "un grand nombre de déplacés dans une situation dramatique", estime-t-il, affirmant que MSF a déjà transféré sa base de Rann vers la ville proche de Gamboru.

Le mois dernier, les autorités avaient annoncé avoir chassé les rebelles d'un de leurs derniers bastions, la forêt de Sambisa, dans l'�?tat du Borno, mais les attaques sur les troupes comme sur les civils n'ont jamais cessé.

Le bombardement accidentel est une "conséquence du chaos de la guerre", a déclaré mardi le général nigérian Lucky Irabor qui commande les opérations contre Boko Haram, affirmant que l'armée pensait viser des combattants islamistes censés s'être regroupés dans la région.