Le président rwandais à Paris, sa première visite depuis le génocide

Par La rédaction

PARIS (AFP) - (AFP)

 Le président rwandais Paul Kagame est arrivé dimanche après-midi à Paris pour sa première visite officielle en France depuis le génocide de 1994 destinée à rebâtir une relation  toujours marquée par le contentieux autour du rôle joué par la France avant et pendant les massacres.

Il a été accueilli par David Douillet, ministre des Français de l'étranger, puis est parti à la rencontre de membres de la diaspora rwandaise à Aubervilliers, en proche banlieue parisienne, devant lesquels il devait s'exprimer en fin d'après-midi.

 De nombreux partisans l'y attendaient, convoyés en cars depuis la Belgique, ancienne puissance coloniale où la communauté rwandaise est importante, a constaté l'AFP.

Cette visite, qui apparaît comme le dernier acte d'une réconciliation amorcée en 2009 entre les deux Etats, a suscité des remous dans la classe politique et chez les militaires français, toujours accusés par Kigali d'être impliqués dans les massacres de Tutsi il y a 17 ans.

Paris comme Kigali ont affiché leur désir de rebâtir une relation abîmée, mettant en avant la relance de partenariats économiques.

"On sait bien que cette visite ne fait pas plaisir à un certain nombre de personnes, mais le président a décidé de tourner la page des relations douloureuses de la France avec le Rwanda", souligne-t-on dans l'entourage de Nicolas Sarkozy.

Kigali a souligné de son côté qu'il s'agissait "d'un pas (de plus) dans la normalisation" des relations bilatérales.

Pour l'universitaire André Guichaoua, "cette visite intervient à un moment où les deux parties sont en position de faiblesse": Paris, qui "cherche à rompre son isolement dans la région des Grands Lacs", où le petit Rwanda reste un acteur clé, et Kigali, qui se cherche de nouveaux soutiens internationaux alors que ses traditionnels alliés américains se font plus distants.

Critiqué par des ONG pour des "violations répétées" des droits de l'Homme, Paul Kagame est en outre "fragilisé par la contestation interne": et, "à chaque fois que le Rwanda est en difficulté, que s'éloignent ses puissants soutiens anglo-saxons, il redécouvre la France", souligne le chercheur.

Lundi, après avoir donné une conférence dans la matinée, Paul Kagame doit déjeuner avec Nicolas Sarkozy.

Leur entretien sera consacré "au développement du partenariat entre nos deux pays et à l'approfondissement de notre coopération", a indiqué l'Elysée en ajoutant que les grands dossiers régionaux et internationaux seraient "également évoqués".

Cette visite répond avant tout à celle du président français Nicolas Sarkozy en février 2010 à Kigali.

M. Sarkozy avait alors reconnu "une forme d'aveuglement" de la France pour n'avoir pas "vu la dimension génocidaire" du régime rwandais hutu que Paris soutenait à l'époque, et dont les éléments extrémistes allaient orchestrer le massacre de plus de 800.000 personnes, dans leur immense majorité des Tutsi, entre avril et juin 1994.

Cette visite mettait un terme à trois ans de rupture des relations diplomatiques, consécutive au lancement de mandats d'arrêt français contre des proches de Paul Kagame.

Censée parachever cette réconciliation, la venue de M. Kagame fait cependant grincer des dents à Paris.

Un rapport d'enquête rwandais de 1998 affirme que la France a participé à la formation des génocidaires et accuse ses soldats d'avoir directement pris part aux massacres."Une insulte" pour les militaires français, qui ont vivement dénoncé la venue en France de Paul Kagame.

Marque d'un malaise persistant dans le corps diplomatique, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, poste qu'il occupait en 1994, sera absent pendant toute la visite officielle.Le président du Sénat Gérard Larcher a refusé de le recevoir.

L'opposition rwandaise veut aussi se faire entendre, en organisant des rassemblements à Paris, notamment mardi matin au moment d'une rencontre entre le dirigeant rwandais et le patronat français.