Le Soudan expulse deux responsables de l'OIM travaillant au Darfour

15 juillet 2010 à 14h31 par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Le Soudan a ordonné l'expulsion de deux hauts responsables de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) actifs au Darfour, dans la foulée du mandat d'arrêt contre le président Omar el-Béchir pour génocide, a appris jeudi l'AFP auprès de sources humanitaires.

"Les autorités soudanaises ont transmis mercredi à Laura Palatini et Carla Martinez une lettre leur sommant de quitter le pays d'ici 72 heures", a déclaré à l'AFP un responsable humanitaire sous le couvert de l'anonymat.Les deux femmes ont donc jusqu'à samedi en journée pour quitter le Soudan.

Carla Martinez, de nationalité espagnole, est directrice de l'OIM au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie depuis sept ans à une guerre civile complexe à l'origine de 300.000 morts selon les estimations de l'ONU - 10.000 d'après Khartoum - et 2,7 millions de déplacés.

Laura Palatini, de nationalité italienne, est quant à elle chef du bureau de l'OIM dans le secteur du Darfour-Sud, ont précisé d'autres sources humanitaires suivant de près ce dossier.

"Je n'ai pas de commentaire", a déclaré Jill Hilke, chef de la mission de l'OIM pour l'ensemble du Soudan, interrogée par l'AFP sur l'expulsion des deux hauts responsables de l'organisation.Selon des sources proches du dossier, l'OIM a souhaité une médiation jeudi afin d'éviter l'expulsion des deux employées.

Il n'a pas été possible jeudi en fin de journée d'obtenir les raisons officielles de l'expulsion des deux femmes auprès du gouvernement soudanais.

Ces lettres d'expulsion interviennent après l'émission lundi d'un deuxième mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président Omar el-Béchir, cette fois pour génocide au Darfour.

Depuis mars 2009, le raïs soudanais faisait l'objet d'un mandat d'arrêt de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, mais pas pour génocide.

Le Soudan avait expulsé l'an dernier 13 ONG internationales actives au Darfour en réponse au mandat d'arrêt de la CPI, un tribunal jugé "politique" et "néo-colonial" par Khartoum qui a réaffirmé cette semaine ne pas être concerné par les décisions de cette cour.

Le nouveau mandat d'arrêt de la CPI a pris tout le monde par surprise lundi dans la capitale soudanaise où les responsables humanitaires et les diplomates s'interrogeaient sur la façon dont les autorités soudanaises allaient réagir.

Au Darfour, l'OIM a le mandat délicat de surveiller le retour des personnes déplacées par le conflit dans leurs villages d'origine.

Or les terres d'origine des personnes déplacées sont souvent occupées par de nouveaux "propriétaires", appartenant dans certains cas à des milices pro-gouvernementales.La question du retour des déplacés et des réfugiés sur leurs terres d'origine est l'une des plus sensibles au Darfour.

Hormis le dossier du Darfour, l'OIM a le mandat d'encadrer le vote à l'étranger des Sud-Soudanais pour le référendum d'indépendance du Sud-Soudan prévu en janvier prochain et qui pourrait mener à la partition du plus vaste pays d'Afrique.

L'OIM est une agence intergouvernementale, mais elle ne fait pas partie de la grande famille des agences de l'ONU.Les projets de l'OIM au Soudan sont financés par le Canada, l'Australie, le Japon, les Pays-Bas, les Etats-Unis et la Commission européenne.