Les combattants du CNT savourent leur sandwich au thon et refont le monde

Par La rédaction

SOULTANA (Libye) (AFP) - (AFP)

Croquant dans un sandwich au thon, les combattants du CNT, de retour du front près de Soultana, refont le monde au milieu du désert et rêvent d'une Libye définitivement libérée de tout dictateur.

Même si les avis divergent sur la façon dont le pays doit être dirigé et par qui, les combattants s'accordent sur une chose: plus personne ne pourra s'emparer seul du pouvoir et décider du destin des Libyens.

"Je tuerai à nouveau si c'est nécessaire", affirme Maatiz Saad, un étudiant en pharmacie de 23 ans, qui mord dans son sandwich après une rude journée de combats à proximité de Soultana, une ville prise aux pro-Kadhafi et située à une trentaine de km à l'est de Syrte.

"Nous ne voulons pas que le pouvoir soit entre les mains d'une seule personne.On en a assez.Si cela devait se reproduire, nous protesterons pacifiquement.Si ça ne suffit pas, nous prendrons à nouveau les armes", assure Maatiz Saad.

Plusieurs de ses camarades, déployés avec des dizaines d'autres combattants le long de la ligne de front à six kilomètres de Soultana, sont d'accord avec lui.

Après des mois d'intenses combats dans la chaleur caniculaire libyenne, les combattants du Conseil national de transition (CNT), sont prêts à tout pour défendre leurs droits.

Maatiz, étudiant à Benghazi, vient d'une famille de sept enfants.Comme ses camarades, il est convaincu qu'il n'avait pas d'autre choix que de prendre les armes contre Mouammar Kadhafi après la répression contre les manifestations pacifiques.

"Je sais que ce n'est pas bien d'utiliser des armes, mais nous devions le faire, nous n'avions pas le choix", explique-t-il, avant d'avaler une nouvelle bouchée de son sandwich au thon, la nourriture de base des combattants.

"Nous faisons confiance à Moustapha Abdeljalil et Mahmoud Jibril pour qu'ils travaillent à un meilleur avenir pour la Libye", veut croire Mohammed ben Halloum, en référence aux deux dirigeants du CNT.

"Il y a des divergences au sein du nouveau pouvoir mais elles disparaîtront", espère cet ancien employé d'une usine de peinture de Benghazi.

Mais tous les combattants ne sont pas convaincus.

Adel Moustapha, 42 ans, commandant de la brigade de Zenten, a le sentiment que les divergences politiques vont perdurer mais il ne veut pas d'un "sacrifice pour rien".

"Le but de cette révolution c'est d'obtenir la liberté.La liberté d'avoir une vie meilleure et d'offrir une vie meilleure à nos enfants, et nos dirigeants doivent nous le garantir", dit-il en se levant pour une rapide toilette avant la prière du soir.

Selon lui, la nouvelle Libye a besoin de plusieurs décennies de pouvoir fort, mais "bien sûr, pas comme celui de Kadhafi", dit cet homme né en 1969, année où le colonel Kadhafi a pris le pouvoir.

La haine envers Kadhafi est palpable parmi les combattants, dont la majorité a moins de trente ans.Quelques adolescents contrôlent les véhicules qui se dirigent vers Syrte, à une trentaine de kilomètres.

"Nous sommes cinq à six millions de Libyens et nous vendons quotidiennement cinq fois plus de pétrole que nos besoins.Où est allée toute cette richesse?", demande Ahmed, au volant d'un camion qui convoie des provisions pour les combattants.

"Nous sommes un pays riche avec d'importantes ressources en pétrole, mais Kadhafi payait les gens à peine 300 dinars (environ 250 dollars) par mois.Où est passé l'argent du pétrole?Cela n'arrivera plus dans la Libye libre", prédit-il.