Libye: élections générales prévues dans 20 mois, Kadhafi se veut menaçant

Par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

Les nouvelles autorités en Libye, fortes d'un soutien financier et politique international, ont annoncé vendredi des élections générales d'ici à 20 mois, ignorant les menaces du dirigeant déchu en fuite Mouammar Kadhafi qui veut toujours se battre.

Dans un souci de réorganiser le déploiement de ses forces, le Conseil national de transition (CNT), issu de la rébellion, a demandé aux rebelles de province présents dans Tripoli de rentrer chez eux après la prise de contrôle de la capitale le 23 août aux forces de l'ex-régime.

Mais ce dernier maintient toujours des troupes dans quelques régions du pays, notamment à Syrte, un de ses derniers grands bastions.La chute de cette région d'origine de Mouammar Kadhafi à 360 km à l'est de Tripoli est l'un des objectifs majeurs de l'état-major du CNT, qui contrôle la majorité du pays.

Néanmoins, pour donner une chance aux négociations avec les tribus sur une reddition de la ville, il a prolongé d'une semaine son ultimatum, laissant jusqu'au 10 septembre aux partisans de Kadhafi pour se rendre.

"Nous avons établi un plan de route précis avec une période de transition de 20 mois", a dit le représentant en Grande-Bretagne du CNT, Guma al-Gamaty, au lendemain de la décision de l'ONU et des grandes puissances de débloquer 15 milliards de dollars pour aider le CNT à reconstruire le pays, ravagé par plus de six mois de conflit. "Durant huit mois, le CNT dirigera la Libye avant qu'une assemblée élue par le peuple" ne prenne les commandes du pays pour rédiger une Constitution, et "au bout d'un an (...), des élections seront organisées", a-t-il ajouté à la BBC.

Même si des combats se poursuivent sporadiquement avec les pro-Kadhafi, "dans la mesure où Tripoli est stabilisé et sûr -ce qui est quasiment le cas maintenant- et que la plupart des autres villes le sont aussi, les Libyens peuvent entamer le processus de transition", selon lui.

Mouammar Kadhafi "se cache, il est isolé", a-t-il ajouté.C'est "seulement une question de temps avant qu'il ne soit arrêté, à moins qu'il ne soit tué s'il résiste".

L'ex-homme fort du pays n'a néanmoins pas encore dit son dernier mot: dans deux messages sonores diffusés la veille par la chaîne Arrai, il a affirmé vouloir lancer "une guérilla", excluant totalement de se rendre.

"Préparez-vous à une guerre de gangs et de guérilla, à la guerre urbaine, et à une résistance populaire dans chaque ville (...) pour vaincre l'ennemi partout", a-t-il dit dans un message diffusé jeudi soir et où sa voix semblait calme et posée par rapport au ton de ses discours habituellement enflammés.

"L'objectif est de tuer l'ennemi là où il se trouve, qu'il soit libyen ou étranger", a ajouté Mouammar Kadhafi, traqué par les rebelles depuis la chute de son QG à Tripoli le 23 août. Il a accusé les pays participant aux opérations de l'Otan de "vouloir coloniser la Libye et mettre la main sur ses ressources pétrolières"."Nous ne permettrons jamais que nos puits et nos ports soient sous leur contrôle".

Mais pour le "ministre" de l'Intérieur du CNT, Ahmed Darrat, il s'agit d'un appel "désespéré et misérable", "la révolution (ayant) gagné".

Paris, Londres et l'Otan ont néanmoins affirmé que les opérations militaires internationales se poursuivraient tant que Mouammar Kadhafi demeurerait une menace.

Lors d'une conférence des amis de la Libye jeudi à Paris, l'ONU et les grandes puissances ont mis au point une feuille de route pour le CNT, débloquant immédiatement les 15 milliards USD contre la promesse de la démocratie et de la réconciliation.

"L'argent détourné par M. Kadhafi et ses proches doit revenir aux Libyens.Nous nous sommes tous engagés à débloquer l'argent de la Libye d'hier pour financer le développement de la Libye aujourd'hui", a dit le président français Nicolas Sarkozy, à propos d'un pactole évalué à plus de 50 milliards USD.

L'Union européenne a de son côté levé ses sanctions à l'encontre de 28 "entités économiques" libyennes -des ports et des sociétés des secteurs énergétique et bancaire- pour aider au redémarrage de l'économie.

Et le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait adopter la semaine prochaine une résolution qui lèverait certaines sanctions, selon un diplomate.

Mais l'aide financière et le soutien politique ont une contrepartie.La secrétaire d'Etat Hillary Clinton a demandé aux dirigeants de la "Libye nouvelle" de "combattre l'extrémisme", des doutes étant apparus concernant certains de ses membres jugés proches des islamistes ou d'Al-Qaïda.

"Dire qu'il y a des extrémistes armés en Libye, c'est répéter ce que Kadhafi disait", a répliqué M. Darrat.

Le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, présent à Paris, s'est voulu rassurant; "J'ai un message pour le peuple libyen: nous avons parié sur vous et la communauté internationale a parié sur vous.Tout est entre vos mains pour réaliser ce que nous avons promis: la stabilité, la paix et la réconciliation".

Si plus d'une soixantaine de pays -dont la Russie réticente jusque-là à le faire- ont reconnu le CNT comme "représentant légitime" du peuple libyen, l'Union africaine a dit attendre "la fin des hostilités" pour se prononcer.