Meurtre d'une chanteuse libanaise: un magnat égyptien échappe à la pendaison

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Le magnat égyptien de l'immobilier Hicham Talaat Moustafa, condamné à mort pour avoir commandité le meurtre d'une chanteuse libanaise à Dubaï, a vu sa peine réduite mardi à 15 ans de prison ferme lors d'un nouveau procès.

Le verdict à l'encontre de ce pilier du Parti national démocrate (PND, au pouvoir) a été rendu par la cour criminelle du Caire, chargée de réexaminer cette affaire très médiatisée, ont annoncé les médias officiels.

Mohsen al-Sokkari, un policier à la retraite que le magnat avait recruté pour tuer Suzanne Tamim, a lui été condamné à 25 ans de prison ferme.Il a écopé de trois années supplémentaires pour "détention illégale d'arme", selon une source judiciaire.

L'affaire, mélange de meurtre, de pouvoir, de show-business et de sexe, est très suivie au Liban et captive l'Egypte, un pays où les puissants hommes d'affaires font rarement face à la justice.

Le verdict n'était pas attendu mardi, l'audience programmée étant en principe consacrée à l'audition de témoins et au plaidoyer de la défense, a affirmé à l'AFP cette source judiciaire.

Un avocat de Mohsen al-Sokkari a expliqué que la cour avait entendu deux experts de médecine légale, avant de lever la séance.

"Nous nous attendions à ce le juge appelle à son retour les témoins à la barre.Au lieu de cela, il a annoncé le verdict", a affirmé à l'AFP Me Atef al-Manawy.

Les avocats des deux condamnés, qui avaient plaidé non-coupable, ont fait savoir qu'ils allaient faire appel.

Le juge Adel Abdessalam Gomaa a affirmé quant à lui que la cour avait le droit de prononcer le verdict car la défense s'était déjà exprimée lors d'une audience précédente, selon une source judicaire sous le couvert de l'anonymat.

Il a en outre expliqué la réduction de la peine à l'encontre de Talaat Moustafa par le fait qu'"une diyya" (prix du sang) a été payée à la famille de la victime", sans donner le montant de cette compensation financière.

Les parents et le frère de la chanteuse avaient indiqué en mai dernier qu'ils renonçaient à leurs poursuites, sans toutefois faire état d'une compensation.

En mai 2009, le magnat avait été condamné à la peine capitale par pendaison pour avoir payé deux millions de dollars à Mohsen al-Sokkari pour tuer Suzanne Tamim, avec laquelle il aurait eu une liaison.

La Cour de Cassation égyptienne avait ordonné un nouveau procès en mars.

Suzanne Tamim, qui s'était fait connaître après avoir gagné un concours de jeunes talents en 1996, avait été retrouvée morte en juillet 2008 dans son appartement de Dubaï.Elle avait été atteinte de plusieurs coups de couteau et avait eu la gorge entaillée, selon la presse.

Selon l'accusation, Mohsen al-Sokkari se serait rendu à son appartement en se présentant comme un employé de l'immeuble et l'aurait poignardée à mort.

Agée de 30 ans, la chanteuse avait eu, selon la presse égyptienne, une relation intime avec M. Moustafa durant trois ans.Celle-ci se serait terminée quelques mois avant le meurtre.La chanteuse avait alors quitté l'Egypte pour Londres, avant de s'installer à Dubaï.

Hicham Talaat Moustafa était à la tête du géant de l'immobilier égyptien, le Talaat Moustafa Group (TMG), aujourd'hui dirigé par son frère, qui fait en ce moment la Une de la presse pour une affaire de vente par l'Etat d'un terrain pour la construction d'un ensemble résidentiel, Madinaty.Annulée par la justice, la vente vient d'être maintenue par le gouvernement.

L'action de TMG, société présente dans le secteur touristique à travers la construction, l'immobilier et les projets résidentiels de luxe, est montée de plus de 5% à la Bourse du Caire aussitôt après l'annonce du nouveau verdict, selon l'agence Mena.