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Mozambique: le président Nyusi rattrapé par le scandale de la "dette cachée"

21 novembre 2019 à 16h37 Par AFP
Le président du Mozambique Filipe Nyusi a été rattrapé jeudi par le scandale dit de la "dette cachée" qui a précipité son pays dans une grave crise financière, accusé à son tour d'avoir touché d'importants pots-de-vin dans cette affaire. Réélu le mois dernier, M. Nyusi a été mis en cause par le principal accusé de cette affaire, l'homme d'affaires libanais Jean Boustani, jugé depuis la mi-octobre à New York.M. Boustani a identifié mercredi à la barre d'un tribunal M. Nyusi dans une liste codée de bénéficiaires présumés de commissions occultes, selon un compte-rendu d'audience du Centre pour l'intégrité publique (CIP), une ONG mozambicaine."NUY, c'est le président du Mozambique, Filipe Jacinto Nyusi", a-t-il affirmé. "Nous lui avons payé un million de dollars comme contribution à sa campagne électorale" de 2014.La justice américaine accuse Jean Boustani d'avoir versé des dizaines de millions de dollars à de hauts responsables du régime de Maputo pour obtenir, en 2013 et 2014, des contrats de livraison de navires de pêche et de patrouilleurs militaires.Le Mozambique a financé ces achats par un prêt de 2 milliards de dollars qu'il a délibérément caché à son Parlement et à ses partenaires financiers étrangers.La révélation de ces opérations en 2016 a plongé le pays, un des plus pauvres du monde, dans la tourmente. Le Fonds monétaire international (FMI) s'en est retiré, la devise locale s'est effondrée et Maputo a fait défaut sur sa dette.Saisie sur plainte d'investisseurs américains, la justice fédérale a inculpé plusieurs banquiers, M. Boustani et l'ex-ministre des Finances mozambicain Manuel Chang, détenu depuis un an en Afrique du Sud où il attend son extradition.La justice mozambicaine a depuis inculpé une vingtaine de personnes dans ce dossier, dont le fils de l'ancien président Armando Guebuza.Ministre de la Défense à l'époque des faits, son successeur Filipe Nyusi n'avait jusque-là jamais été nommément mis en cause.Les déclarations de M. Boustani ont fait l'effet d'une bombe au Mozambique."Si c'est confirmé, il (le chef de l'Etat) doit se mettre à la disposition de justice", a déclaré à l'AFP Antonio Muchanga, un député du principal parti d'opposition, la Renamo."Nous exigeons que le président démissionne dans les trois jours", a renchéri un responsable du Mouvement démocratique du Mozambique (MDM, opposition), Augusto Pelembe. "Le pays ne peut pas être dirigé par un gangster pendant cinq ans".De son côté, le parti au pouvoir, le Frelimo, a platement démenti l'implication du chef de l'Etat.Il "reste calme et suit les événements", a assuré un porte-parole du parti, Caifadine Manasse, à l'agence de presse nationale AIM. "Il n'a rien à voir avec la dette", a-t-il insisté.Le Frelimo, au pouvoir depuis 1975, a remporté les élections générales du 15 octobre et M. Nyusi a été réélu pour cinq ans. Mais la société civile locale et des observateurs étrangers ont dénoncé de nombreuses "irrégularités".