Putsch manqué en Gambie: Jammeh de retour, Banjul sous haute surveillance

31 décembre 2014 à 16h02 par La rédaction

Banjul (Gambie) (AFP)

Le président gambien Yahya Jammeh est rentré à Banjul, quelques heures après une tentative de coup d'Etat manquée contre son régime, qui fait craindre une nouvelle vague de répression dans le pays. 

M. Jammeh, au pouvoir depuis 20 ans, est arrivé dans la nuit de mardi à mercredi dans la capitale gambienne après une escale à N'Djamena, en provenance de Dubaï où il était en visite privée depuis le week-end dernier.

Mercredi en milieu d'après-midi, il n'avait pas encore fait de déclaration.

Le gouvernement ne s'est pas non plus exprimé sur le putsch manqué, une attaque armée contre le palais présidentiel ayant fait au moins trois morts selon un bilan non officiel. Il a simplement assuré que "la paix et le calme règnent dans le pays", dans un communiqué diffusé en boucle par les médias publics, qui ont été brièvement coupés mardi.

A son arrivée, Yahya Jammeh "est allé directement au palais où on lui a présenté les corps des assaillants", a expliqué à l'AFP une source militaire, selon laquelle il avait "le visage fermé".

Il a passé en revue le dispositif militaire, pour en relever "les failles.(...) C'est sûr que certains officiers risquent d'être pointés du doigt", a dit cette source.

Les assaillants ont ciblé le palais présidentiel, dans la zone de Marina Parade (corniche est de Banjul), mardi aux environs de 03H00 locales (et GMT), puis ont été repoussés.Ils étaient "commandés par un ex-capitaine du nom de Lamin Sanneh, qui est un déserteur de l'armée", au nombre des tués, d'après un autre officier.

L'attaque, marquée par d'intenses échanges de tirs, avait été suivie d'un déploiement militaire et policier important mardi à Banjul, transformée en ville morte avec des habitants calfeutrés chez eux, des services et commerces fermés, une circulation quasi inexistante.

La compagnie aérienne Gambia Bird, filiale d'un transporteur allemand basée à Banjul et qui dessert dix pays, a annoncé la suspension de ses vols commerciaux "jusqu'à nouvel ordre".

Après une nuit calme, la ville, toujours sous haute surveillance, a renoué mercredi avec ses activités habituelles et une circulation intense sauf à son entrée sud, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Des militaires ont installé cinq points de contrôle entre le pont de Denton, principal point d'accès de Banjul, et l'entrée de la ville.

"Les militaires à Denton demandent aux passagers allant à Banjul leurs papiers.Ceux qui n'en ont pas ne sont pas autorisés à entrer dans la ville", a dit Amadu Njie, un des rares habitants ayant accepté de parler à l'AFP ouvertement. 

 

- Crainte de 'purge' -

 

Les rotations de ferry entre la capitale et Barra (nord de Banjul), qui avaient été suspendues mardi, ont repris.

Une autorité administrative d'une localité sénégalaise proche du nord de la Gambie - petit pays totalement enclavé dans le Sénégal, à l'exception de sa façade maritime sur l'Atlantique - a fait état de "contrôles renforcés" à la frontière.

En dépit de l'accalmie, selon plusieurs sources, l'atmosphère était tendue en Gambie, où le régime de Yahya Jammeh, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat militaire en juillet 1994, a par le passé mené plusieurs vagues de répression contre de supposés comploteurs ou adversaires présumés.

Le pouvoir gambien est régulièrement accusé de violation des libertés par les défenseurs des droits de l'Homme.

Une des sources militaires jointes par l'AFP a dit appréhender une "purge" au sein des forces de défense et de sécurité de cette ex-colonie britannique de près de deux millions d'habitants.

Signe du climat de peur généralisée: très peu de civils sollicités par l'AFP ont accepté de s'exprimer, beaucoup craignant des représailles de la puissante et redoutée Agence nationale du renseignement (NIA), opérant souvent en civil.

Mais sur les réseaux sociaux, la liberté de ton était de mise pour les Gambiens de la diaspora et les habituels observateurs du pays.

"Si vous organisez un coup d'Etat, assurez-vous de le réussir.L'échec est impardonnable.Jammeh mangera vos reins au dîner!", ironisait sur Twitter @FrMkaranja.

Pour le chercheur Gilles Yabi, basé à Dakar, la Gambie est face à "un risque très important de répression allant au-delà des personnalités militaires qui seraient impliquées dans cette tentative" de coup d'Etat ratée.

"On peut craindre que le régime en profite pour verrouiller davantage le système et peut-être pour s'en prendre à des personnes qui n'ont rien à voir avec le putsch manqué", selon M. Yabi.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé à une enquête "dans le respect de l'Etat de droit" sur les événements de mardi.