RDC: reprise de combats à grande échelle entre armée et rebelles du M23

Par La rédaction

Goma (RD Congo) (AFP)

De violents combats opposaient vendredi l'armée congolaise et les rebelles du M23 dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), quatre jours après la suspension des pourparlers entre Kinshasa et la rébellion.

Les affrontements ont commencé dans la nuit et se poursuivaient vendredi à la mi-journée à Kanyamahoro, près de Kibumba, à environ 25 kilomètres au nord de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu frontalière du Rwanda et de l'Ouganda.

Ils ont provoqué la fuite de nombreux civils.Les deux camps s'accusent mutuellement d'avoir lancé les hostilités.

Selon un officier supérieur de l'armée, les combats étaient toujours en cours vers midi (10h00 GMT), huit heures après leur déclenchement, et étaient "intenses".Un habitant d'un quartier Nord de Goma a affirmé qu'on pouvait entendre de chez lui le bruit des détonations.

"Ca s'est un peu calmé", devait indiquer un peu plus tard un officier de la Mission des Nations unies (Monusco).Les Forces armées de la RDC (FARDC) ont reçu le soutien de la brigade d'intervention de l'ONU et "poursuivent" le combat, a-t-il ajouté, sans préciser la nature exacte du soutien onusien.

Selon cette même source, ces combats, les premiers depuis la suspension des pourparlers entre les deux parties dans la nuit de dimanche à lundi, sont d'une toute autre nature que les divers accrochages ayant perturbé la trêve observée (et globalement respectée) depuis le 30 août.Une offensive conjointe des FARDC et des Casques bleus contre le M23 avait alors fait reculer le front d'une quinzaine de kilomètres.

Vendredi, des engins explosifs sont tombés en territoire rwandais, a ajouté l'officier, sans pouvoir préciser les auteurs des tirs, les deux belligérants étant tout proche de la frontière.Accusant les FARDC de "viser des civils", l'armée rwandaise, par la voix de son porte-parole le général Joseph Nzabamwita, a indiqué à l'AFP que trois obus étaient tombés sur le sol rwandais, blessant un réfugié congolais.

Fin août, plusieurs obus s'étaient ainsi abattus du côté rwandais à la faveur des combats, provoquant une vive réaction de Kigali qui avait menacé d'intervenir directement sur le sol congolais.L'ONU avait ensuite accusé le M23 d'être à l'origine de ces tirs.

Située sur un plateau à près de 1.800 mètres d'altitude, Kibumba est un point haut verrouillant la zone contrôlée par le M23 plus au nord.Aucun combat n'était signalé sur le front nord de la zone sous contrôle du M23, dans la région de Mabenga (environ 80 km au nord de Goma), où l'armée a récemment déployé des renforts.

D'après des témoins, des hélicoptères de l'ONU survolaient la zone des combats sans ouvrir le feu.

Joint par téléphone, un défenseur des droits de l'Homme originaire de Kibumba, localité où se sont retranchés les combattants du M23 après l'offensive du mois d'août, a affirmé avoir vu de nombreux rebelles à proximité de la zone des combats, que fuyait la population.

Du côté rwandais, à 09h30 (07h30 GMT), "on avait noté entre 2.500 et 3.000 personnes" entrées par "deux postes frontaliers", a déclaré à l'AFP le secrétaire permanent du ministère chargé des réfugiés, Antoine Ruvebana, selon qui un nombre indéterminé de ces réfugiés est ensuite rentré en RDC.

Dans un communiqué, le porte-parole de la branche politique du M23, Amani Kabasha, a accusé le gouvernement de Kinshasa de se livrer à un "véritable sabotage du processus de paix de Kampala".Aucun porte-parole du gouvernement n'avait pu être joint à la mi-journée pour répondre à ces allégations.

Les négociations entre Kinshasa et les rebelles avaient repris à Kampala (Ouganda) le 10 septembre après plusieurs mois d'arrêt.

Leur suspension dans la nuit de dimanche à lundi avait suscité de nombreuses craintes de voir un nouvel embrasement de violence au Nord-Kivu, riche province agricole et minière déchirée par la guerre depuis une vingtaine d'années.

Le Mouvement du 23 Mars (M23) contrôle une zone de quelque 700 kilomètres carrés limitrophe du Rwanda et de l'Ouganda, deux pays que Kinshasa et l'ONU accusent régulièrement de soutenir la rébellion, ce que Kigali et Kampala démentent.

Parti en avril 2012 d'une mutinerie d'anciens rebelles intégrés dans l'armée congolaise, le M23 demande la pleine application de l'accord ayant régi leur incorporation en 2009, et défend plus généralement les droits des populations congolaises rwandophones, essentiellement tutsi.